vendredi 21 septembre 2018

Quand l'hôpital se fout de la charité.


Ou la communication particulière de l'extrême droite…


Comme vous peut-être, j'ai assisté interloqué à l'altercation entre Eric Zemmour et Hapsatou Sy où le premier reprochait à son interlocutrice son prénom d'origine étrangère… C'est un grand classique de la communication Le pen et consorts. Etre très affirmatif sur des sujets où votre interlocuteur n'a à l'évidence pas préparé d'argument…


Le cas d'Éric Zemmour est particulier. Ses ennemis le trouvent raciste, borné et excessif. Ses défenseur lui trouve intelligence et culture… Mais là on s'interroge.


Voilà un homme qui porte un prénom d'origine scandinave et Moïse comme quatrième prénom (biblique mais pas dans le calendrier chrétien et entorse au principe calendaire qu'il veut imposer aux autres!) et un nom  hébreu-algérien… qui vient reprocher à une autre française elle aussi issue de l'immigration le caractère "étranger" de son prénom !!!

C'est vraiment l'hôpital qui se fout de la charité.

Monsieur Zemmour a par ailleurs épousé une certaine Mylène Chichportich. Or Mylène ne fait partie ni du calendrier auquel il se réfère ni de la tradition française. C'est un prénom d'origine hébreu- anglaise, qui n'a été introduit en France qu'au milieu du… XXème siècle C'est donc comme Hapsatou, un prénom d'importation récente ne figurant pas au calendrier en totale contradiction avec les préceptes clamés par son mari !... Comment fait-il dans l'intimité ? Il l'appelle Claudine ?



Plus ahurissant encore dans cette affirmation d'un nationalisme grotesque, la plupart des prénoms du calendrier auquel Monsieur Zemmour voudrait que chacun se soumette, sont issus de migrations. Il n'y a plus vraiment de prénom "Gaulois" (même réfractaires…). La plupart ont des origines latines, grecques, celtes, germaines, hébraïques, scandinaves ou arabes…

Quand Monsieur Zemmour abordera l'histoire de France, que son désir d'assimilation lui recommande de connaître, il devra s'apercevoir que comme la plupart des pays continentaux, la France est un pays de migrations. Conquise par les romains qui ont largement remplacé ses racines gauloises par leurs us latins, elle a ensuite vu passer les Francs, les Huns, les Wisigoths (qui n'ont fait que passer pour aller en Espagne), les Arabes, qui sont tout de même montés jusqu'à Poitier, les Anglais qui ont occupé l'Aquitaine et plus pendant un siècle, les Vikings qui ont abordé jusqu'à Paris… et qui nous ont laissé quelques éléments culturels, notamment des prénoms aux consonances "étrangères" comme "Eric"… Après avoir été envahis plus de cinq siècle par les Arabes, les espagnols sont aussi venus envahir la Flandre (j'y dois certaines de mes origines…). L'immigration juive a durée durant tout ce temps, des vagues d'immigrations polonaises ou italiennes ont marqué ces derniers siècles. Des invasions culturelles ont donné des générations d'enfants qui portent le nom de personnages de feuilletons étrangers (Ahhh les Sue Ellen et Pamela de Dallas !)

Notre culture s'est enrichie de ces échanges depuis le début, dans un flot continu qui n'a pas attendu Monsieur Zemmour et qui ne s'arrête pas avec lui ! Qui est-il pour imposer (et au nom de quoi ?) une date en deçà de laquelle les apports de l'extérieur seraient intégrables à notre culture, et au-delà de laquelle ils seraient considérés comme inacceptables ? Quelle est cette limite? Juste après la date à laquelle les Vikings ont introduit le prénom d'Éric ? Ou juste après l'arrivée de la famille Zemmour dans les années 50 ? Après quoi – lui se considérant comme une référence – il serait légitime à fixer les limites de la culture française ?


Si je m'exprimais d'une façon Zemourienne , je demanderais : "qu'est-ce que c'est que cet immigré (même de la deuxième génération) qui porte un nom norvégeo-judéo-algérien et qui prétend nous expliquer à nous les vrais Français, les Français de souche, comment appeler nos enfants… " 


Mais je ne suis pas Zemmourien, je répugne à ces distinguos entre "vrais" français et les autres… alors je me dis qu'il peut penser ce qu'il veut des prénoms des Français… mais qu'il arrête de vouloir imposer sa vision étriquée et en contradiction complète avec la culture et l'histoire de France aux autres… La réalité des autres est tellement plus belle !
Monsieur Zemmour assume mal ses origines et rejette ce qui vient de l'immigration. C'est dommage, mais ce type de complexe est malheureusement courant. Hitler d’origine juive rejetait les juifs. Lui n'ira pas jusqu'à l'holocauste mais les idées de ce raisonneur, qui cherche en permanence une théorie qui le rassurerait sans privilégier sa pertinence, sont malsaines parce qu'elles prônent le rejet, là où seul l'ouverture est productive.


Personnellement j'ai un prénom d'origine grecque et un nom d'origine germanique, mais je n'y suis pour rien et ça ne change pas l'homme que je suis, et jusqu'à ce qu'un type bizarre en fasse une question polémique, ça ne m'avait jamais paru autre chose qu'une curiosité culturelle…

jeudi 13 septembre 2018

Racisme et antiracisme…




Il y a quelques temps j'ai reposté sur les réseaux sociaux le témoignage d'une jeune présentatrice météo de la télévision belge – Cécile Djunga, qui se plaignait des commentaires racistes qu'elle recevait régulièrement de téléspectateurs[1]. Une femme se serait plainte qu'elle distinguait mal les traits de la jeune femme du fait de sa couleur de peau…



Il y a, par rapport à ce témoignage, un autre exemple récent qui apporte à mon sens une réponse significative. En 2017, c'est Alicia Aylies, Miss Guyane, qui a été élue Miss France. Là encore, suite à cette mise en avant, elle a reçu quelques centaines de messages injurieux au racisme débridé[2].

L'ironie de ces débordements est que la plupart de ces messages (ou tout au moins ceux qui ont été rendus publics) revendiquaient une forme de "nationalisme" poisseux, tout en témoignant d'une méconnaissance étonnante, tant de la langue française que de l'histoire de France et de la notion de citoyenneté… et finalement sont bien plus révélateurs des limites de leurs auteurs que de celles – éventuelles ou supposées – de leur cible…

Mais la vraie leçon de cette élection, dont je n'ai vu que le résumé dans le journal télévisé, est ailleurs. Sur cinq finalistes, que le suffrage de gens désireux d'élire la plus belle fille de France avait portées en finale, quatre étaient de celles qu'on désigne parfois comme "de couleur". Alors qu'une minorité inculte mais visible créait le scandale sur les réseaux, la grosse majorité de la population (qui en d'autres temps avait porté aux nues une blonde nordiste) n'y avait vu que de la beauté, et n'avaient pas éprouvé le besoin de twitter à quel point leur choix était normal...



Plus récemment encore, pendant la coupe du monde de football, des posts qui se voulaient humoristiques soulignaient les pays d'origine des joueurs de l'équipe de France, dont les parents venaient d'ailleurs. L'idée de départ n'était pas agressive, c'était plutôt celle d'une communauté issue de l'immigration désireuse de revendiquer ce succès en devenir.

Mais par rapport à ces jeunes nés en France et s'affichant fiers de porter ce maillot bleu… c'était aussi une façon peu délicate de leur dénier leur nationalité… ça n'a d'ailleurs pas échappé à certains populistes Français et étrangers[3] qui ont repris ce thème avec tout le mépris dont ils ont l'habitude. Petit rappel que la lutte contre le racisme ne peut pas se faire en opposant une catégorie à une autre…  

Reste que les millions de de fans, ceux qui étaient sur les Champs-Elysées, ceux qui partout en France ont applaudi aux exploits sportifs de ces jeunes gens, et ceux encore qui sont venus les ovationner au stade de France étaient à l'image de la population française enthousiaste et bigarrée. Et même si la foule était majoritairement blanche, elle applaudissait et manifestait son bonheur, indifférente à la couleur de peau des héros du jour. On n'imagine pas au milieu de cette ola, une banderole du type : "Bravo à Giroud, Griezmann, Pavard, et pas à certains autres..." !

Là encore, la foule anonyme est  bien plus naturelle et saine dans son comportement que les récurrents tordus de services trop visibles.



Alors Mademoiselle Djunga, il vous a paru nécessaire de dénoncer la bêtise crasse et l'agressivité de certains individus. Et vous avez eu raison. Mais ne vous laissez pas atteindre par ces manifestations d'inculture et de peur irraisonnée. Tout le monde n'a pas eu la chance de voyager, de lire de rencontrer. Ces petits esprits n'expriment que leurs propres souffrances. Ne la faites pas vôtre.

Pensez à ces milliers de gens qui chaque soir vous trouvent jolie et souriante, et n'éprouvent pas le besoin de téléphoner à la chaine pour laquelle vous travaillez pour le dire. Ou mieux encore. A ces millions de gens qui chaque soir vous écoutent pour savoir quel temps il fait, en se préoccupant plus de la clarté du ciel ou de vos explications que de celle de votre peau. Ce sont eux qui détiennent les clés de l'antiracisme. Ceux pour qui la couleur de peau ne doit pas être un combat et que bien entendu… on n'entend pas.




vendredi 17 août 2018

Ce qu'on peut toucher du doigt…








Je suppose que la plupart de ceux qui liront ces lignes ont durant leur enfance fait pousser des graines de haricot dans du coton ou fait sécher des gaines de tomate pour les planter dans du terreau.
Personnellement, au fil de mes déménagements j'ai toujours eu plaisir à créer de petits jardins vivriers de la sorte, pour la satisfaction un peu juvénile de faire pousser mes propres produits.

Récemment j'ai refait la même chose, avec les graines de tomates et… rien. Pas une pousse. Alors j'ai changé de sorte, acheté mes tomates ailleurs… pareil. Puis j'ai fini par trouver des petites tomates bien rouge dont les graines ont donné de magnifique plans, et beaucoup de fleurs… qui cassaient et fanaient sans jamais donner un fruit… La plupart des fruits achetés dans les chaines de distributions sont stériles. Ainsi tout nouveau producteur n'a d'autre choix que de se fournir en graines dans le magasin du coin et donc indirectement… chez Monsanto.

J'entends déjà les partisans de la tranquillité d'esprit me dire que les graines ne coûtent pas très cher et que le citadin moyen, qui n'a même pas un balcon pour planter des géraniums, n'a pas grand-chose à faire des problèmes existentiels d'un planteur de tomate amateur.

Pas faux. Mais cette politique qui condamne l'humanité à une dépendance commerciale à un industriel et lui permet d'avoir la mainmise sur cette donne vitale qu'est notre alimentation (d'accord jusque-là ça ressemble à de l'anticapitalisme primaire !) à une autre conséquence. Alliée aux lois absurdes (et très orientées) de certains pays, comme la France qui interdit la commercialisation d'autres espèces, elle conduit à une mono culture et la fin de la diversité biologique et des espèces capables de s'auto-reproduire. Et de fait fragilise notre alimentation.

Supposons un instant qu'arrive (comme cela s'est souvent produit dans l'histoire de notre nature) une maladie qui touche spécifiquement une sorte de fruit… et par hasard celle que commercialise le monopole… et c'est la disparition de l'espèce. Pas sûr que nos petits-enfants sachent ce qu'était une tomate…

Scénario catastrophe d'un théoricien du complot un peu barré ? J'aurais dû vous le dire. J'habite la Guadeloupe. Milieu insulaire propice à toutes sortes d'expérimentations. Depuis quelques années, une mystérieuse maladie ravage les agrumes et spécialement les citronniers. Les espèces locales, pleines de pépins mais délicieusement parfumées, poussaient facilement et se contentaient d'un sol pauvre. J'en avais plusieurs dans mon jardin.
Aujourd'hui, nous sommes condamnés à acheter des citrons importés du Honduras ou d'ailleurs, produit par le monopole, sans jus, sans goût et surtout… sans pépins et stériles.

Le punch traditionnel à un sacré coup dans l'aile, mais quand une autre maladie affectera l'Amérique du sud et ses citronniers... il aura vécu ! Ça n'est pas un détail, c'est un exemple. Ça existe aujourd'hui, c'est en cours, doit-on fermer les yeux ?

La monoculture fait courir à l'humanité un autre risque déjà facile à constater. Ceux d'entre vous qui récitaient leurs prières demandaient à Dieu de leur assurer leur pain quotidien. Ce pain qui pendant des siècles (jusqu'à l'arrivée de la pomme de terre fin XVIIIème) a été la base de l'alimentation d'une grande partie de l'humanité… sans qu'on se soucie d'intolérance au gluten ! Mais ce pain là était fait à partir de farine bise, mélangée par la nature à d'autres céréales et avec une partie du son. Depuis le productivisme (encore un vocabulaire anticapitaliste primaire !) a remplacé toutes ces cultures par une espèce de blé aux grains nombreux, riches en farine blanche, à l'enveloppe fine… et saturé en gluten. Il permet la production abondante de la farine bien blanche qu'on trouve dans nos viennoiseries, le pain du Mac-do et nos baguettes. Sa richesse en gluten permet d'avoir des baguettes bien gonflée et bloque l'assimilation de certains aliments par l'intestin… causant carences alimentaires et maladies. C'est incurable. [1]
Qu'allons-nous faire de cette partie de l'humanité, de plus en plus nombreuse qui ne peut plus se nourrir des aliments communs ?

Tous ceux qui possèdent les clefs de l'économie mondiale travaillent à instaurer ce système monopolistique. Bill Gates, derrière sa fondation apparemment philanthropique n'aide pas les gens à développer leur propre agriculture (qui, quand elle n'est pas perturbée par l'économie mondiale, leur a permis de survivre pendant des millénaires) mais impose les produits Monsanto et la monoculture stérile partout où il passe.[2]

Mais me direz-vous, ces financiers qui programment ce genre de politique ne sont pas suicidaires. S'ils prennent de tels risques avec l'alimentation de l'humanité… c'est valable aussi pour eux !
C'est largement sous-estimer le besoin d'accaparement des richesses de ces gens et d'une certaine façon leur arrogance. Comme souvent, quand les hommes sont sous une telle emprise ils pensent qu'ils sont à l'abri.
N'a-t-on pas entendu le PDG de Nestlé, Peter Brabeck, déclarer récemment que "l'accès à l'eau ne devrait pas être un droit" ![3] Ces gens-là sont prêts à sacrifier une partie de l'humanité pour préserver leurs richesses et leur pouvoir.
Ils ne s'en cachent même plus. L'humanité est passive...

Vous pensez toujours que je suis un vieux Hippie qui délire ? Alors revenons aux faits.

Vous avez peut-être entendu parler du scandale du chlordécone qui affecte les Antilles Françaises… Ce pesticide particulièrement nocif et cancérigène employé ici pendant des années, par dérogation,  après qu'il ait été interdit dans le reste du monde. La plupart des nappes phréatiques de l'île, qui produisaient une eau douce et délicieuse, sont aujourd'hui polluées pour au moins un siècle. L'eau distribuée dans les réseaux, et même chez les producteurs d'eau embouteillée, doit être traitée au charbon actif, par des moyens dont la maintenance n'est pas accessible au particulier, et dont la fiabilité (j'ai travaillé dans le secteur !) est rarement absolue. Autrement dit, dans l'île dont le nom original de Karukera signifie "l'île aux belles eaux", j'achète à plus de 50 cts la bouteille de l'eau embouteillée importée… produite la plupart du temps par… le groupe Nestlé.

Pour la plupart de ceux qui liront ces lignes et qui n'habitent pas la Guadeloupe, c'est le glyphosate qui va parvenir au même résultat. Et il est important pour les groupes agroalimentaires que ce produit soit encore diffusé quelques années… pour fermer l'accès aux ressources naturelles et imposer le passage par eux pour les besoins incontournables. Ceux qu'on ne peut pas boycotter.
Ça n'est pas de la science-fiction, de la théorie du complot ou de l'alarmisme de salon… le processus est en cour et déjà opérationnel, déjà appliqué dans certaines régions du monde.

Non les grands financiers ne sont pas suicidaires. Ils sont conscients du risque. Et en même temps qu'ils privent le monde de sa richesse, ils capitalisent cette richesse à leur profit. Ils financent à grand frais, des réserves de semences comme celles de Svalbard en Norvège[4], supposée préserver la biodiversité. Outre qu'elle soit loin d'être une garantie absolue, cette réserve n'est pas destinée à l'humanité. Vous croyez sincèrement que quand vous n'aurez plus de graine de tomates vous n'aurez qu'à en commander par Internet ? Cette réserve est à l'usage exclusif des sociétés marchandes qui monopolisent cette richesse. C'est une façon de centraliser la biodiversité hors de portée de l'humanité "ordinaire"… Quand les graines répandues aujourd'hui auront disparu… on vous retrouvera celles-là… Monsento en fixera le prix, et vous n'aurez pas d'autre choix.


Alors vous croyez toujours que le combat de Dewaine Johnson n'est que l'affaire de ce petit jardinier ? que les millions après lesquels il court ne lui serviront pas à grand-chose et encore moins à vous ? qu'il perde ou gagne son appel n'a finalement pas d'importance ? ou alors comme le prétendent avec une mauvaise foi atterrante certains que c'est "une victoire pour les mauvaises herbes" ?
Vous pensez que Monsanto, et derrière lui le groupe (au passé Nazi) Bayer n'emploiera pas tous les moyens pour ne pas laisser s'instaurer une jurisprudence au niveau mondial ? et que finalement cela ne vous concerne pas ?

Laissez une chance de survie à vous enfants. Manifestez-vous.



mercredi 9 mai 2018

La voiture autonome, mythe, menace ou avenir ?




Je ne m'en cache pas, quand j'ai eu mon permis de conduire j'ai savouré l'autonomie que cela me donnait, et j'ai toujours aimé conduire, et préféré conduire qu'être conduit… alors la voiture autonome… 
Et puis je m'attriste à l'idée que mes petits enfants ne connaîtront pas ce bonheur…
Mais je suis aussi ingénieur, intéressé par les nouvelles technologies et je m'efforce d'être pragmatique. Et il me semble que certains éléments soient à considérer :

1-La voiture autonome arrive. Quoiqu'on en pense, 
quels que soient ses déboires, elle existera.
 
Ses promoteurs sont nombreux, riches, puissants et concurrents. Les technologies existent déjà. Le marché est énorme. Son apparition, voire sa généralisation dans certaines villes est inéluctable. Et c'est une question d'années… de quelques années. Peu importe qu'un des opérateurs connaisse quelques problèmes ou annonce un report partiel de ses essais. Peu importe les réticences et les obstacles. Les intérêts sont colossaux et c'est comme ça que marche notre société… Il y aura encore des accidents pendant la phase de montée en puissance, et ils seront certainement montés en épingle… mais cela ne fera que ralentir les choses, parce que :

2 - La voiture autonome est amenée à devenir rapidement 
plus sûre que le véhicule conduit par un humain.


- D'abord les éléments qu'elle utilise sont moins perfectionnés, mais bien plus fiables que l'être humain.

- Aussi parce qu'ils sont en mesure de détecter leurs propres failles. Une intelligence Artificielle qui sait que ses caméras sont en panne ou que ses mesures sont incohérentes ou que ses plaquettes de freins sont usées, refusera de démarrer (alors qu'un homme trop fatigué ou un peu éméché prendra le volant)… De plus elle sait –elle – téléphoner tout  en restant capable de conduire de façon optimale !

- Ensuite, ils sont rationnels et dépourvus de réactions émotionnelles, souvent en jeu dans les accidents (énervement, panique, décision illogique, erreur d'appréciation…)

- Enfin et surtout, parce qu'ils sont auto-perfectibles. A chaque fois qu'un accident surviendra avec un véhicule autonome, il sera analysé, et l'apprentissage ainsi réalisé pourra être implanté dans tous les véhicules circulants… Alors que l'erreur d'appréciation ou la distraction d'un conducteur strasbourgeois, n'empêchera jamais qu'elle se reproduise à Houston ou à Trévise… ou même dans la rue d'à côté

Et les chiffres se chargeront de vaincre les résistances.



3- Les réticences mentales céderont devant les faits

Bien sûr, l'idée qu'on puisse se faire tuer par un robot roulant et imparfait est révoltante, angoissantes même. Mais la perspective de se faire tuer est fondamentalement assez désagréable.

Dans l'accident survenu aux Etats-Unis, où une femme circulant sans signalisation à vélo, sur une voie rapide s'est faite renversée par un véhicule autonome. On est impressionné par l'inhumanité de ce drame, la machine qui tue froidement. Et l'enquête a mis en évidence une erreur d'appréciation de la machine[1]. Mais si cela ne dédouane pas le véhicule ou ses concepteurs, avant de conclure, il faut prendre en compte que la victime avait multiplié les prises de risque, et que la probabilité qu'elle se fasse renversée par un véhicule piloté par un humain était déjà élevée !

Plus généralement, La voiture autonome n'atteindra jamais un taux d'accidentnul. Mais ça n'est pas ce qui invalidera le concept. Il suffit qu'elle atteigne un taux d'accidents inférieur à celui des accidents causés par des êtres humains. Quel que soit la difficulté mentale et éthique de confier sa vie à des machines "pensantes", il faudra bien convenir que 10 personnes tuées par des machines sont préférables à 1000 tuées par des personnes imprudentes, ivres, droguées, distraites ou maladroites…



4 - La voiture autonome est une solution
aux excès actuels de la circulation automobile.


Quand on entend Anne Hidalgo annoncer pompeusement la fin de la circulation automobile dans Paris dans quelques années, sans évoquer les solutions qui permettront d'atteindre ce résultat, on pense à sa copine Ségolène qui annonce la fin du nucléaire sans mettre en œuvre les solutions de substitution… pipeau ! Mais les coups de com stériles de politicien(ne)s en mal de présence médiatique, ne doivent pas faire oublier la réalité du problème. Les grandes villes saturent. Les transports en communs ne peuvent totalement prendre en charge  les besoins des usagers.

Imaginez une ville uniquement accessibles aux véhicules autonomes et connectés, équipée des bornes utiles,  qui pourrait ainsi totalement réguler son trafic, et qui mettrait à disposition une flotte de véhicules ultra-simples aux performances urbaines et sans chauffeurs accessibles sur abonnement… sans infrastructure lourde (rails ou tunnels)… dispensant ses résidant de l'achat d'une voiture et résolvant du même coup le problème du stationnement et des embouteillages, maitrisant la recharge des véhicules électriques... Sans en interdire l'accès aux véhicules de grande route… 
A certaines conditions on pourrait atteindre le taux zéro d'accidents.



5 -Le principal obstacle resterait comportemental. 


Supposons un système ultra-sécuritaire, où les piétons (ou les cyclistes) seraient certains d'être repérés par les voitures et que celles-ci feraient ce qu'il faut pour les éviter… Il est à craindre que ces piétons abusent largement du système, en traversant n'importe comment et n'importe où par exemple, de telle sorte que les véhicules soient constamment obligés de stopper pour leur laisser le passage jusqu'à ne plus pouvoir circuler. Ce sera le principal obstacle à la généralisation des véhicules autonomes.

L'expérience des pays ou le vélo est devenu prioritaire comme à Amsterdam, ou encouragé comme à Montréal est spectaculaire. J'ai circulé dans ces deux villes sans jamais être mis en danger par un automobiliste J'ai même été surpris de leur civilité…
Mais il m'est souvent arrivé de devoir faire un bond pour éviter un cycliste, et même de me faire bousculer par ceux-ci… En faire des circulants privilégiés en a fait des dangers publics pas toujours responsables !...

Les véhicules autonomes sûrs ne pourront circuler que si les piétons et les cyclistes qui partagent le même espace font preuve de civisme… Et là… c'est pas gagné !






[1] https://www.20minutes.fr/high-tech/2267695-20180508-uber-voiture-autonome-tue-pieton-choisi-eviter