vendredi 20 mars 2026

Identifier un fasciste…

 

Identifier un fasciste…

 

Fasciste est devenu l’injure classique que les politiques et surtout les militants excités se renvoient à tout propos sans en valider la pertinence . Il existe pourtant plusieurs moyens simples et à la portée de tout observateur d’identifier un fasciste…


1) la définition

Si la démocratie est « le gouvernement par le peuple », ou le plus souvent par ses représentants, cela implique des représentants élus à la majorité quel que soit le mode de scrutin, s’ils se veulent représentatifs. Dans une démocratie les décisions ne peuvent se prendre que par la majorité. Autrement dit, s’il n’existe aucun groupe qui détienne la majorité, seule une coalition peut décider, donc gouverner. Soit une coalition de gouvernement comme le font depuis longtemps les Allemands et d’autres, soit une coalition au coup par coup comme s’efforce de faire avec difficulté notre Premier ministre…

A contrario, le fascisme regroupe tous les pouvoirs dans un « faisceau » c’est-à-dire une minorité. En n’étant pas suivis et approuvés par une majorité de la population, il ne peut subsister que par un pouvoir autoritaire.

Exemple : quand, après les élections législatives de 2024, un groupe minoritaire réclame la gouvernance de la France pour appliquer « son programme, seulement son programme », avec donc, un refus exprimé de coalition, c’est non seulement un déni de démocratie, mais aussi une posture qui est la définition même du fascisme.

Et contrairement au discours qui est tenu à l’époque, dans un pays qui vote majoritairement à droite la seule option démocratique est de nommer un Premier ministre de droite seul susceptible de réunir une forme de coalition (il s’agit là d’appliquer les principes pas d’évaluer la pertinence te telle ou telle personnalité).


2) La méthode

Le procédé est assez répétitif :

- Déstabiliser le pouvoir en place en alimentant le chaos, en attisant les crises, en créant des polémiques inutiles et falsifiées, ce qui affaiblit les forces susceptibles d’être majoritaires. Et on s’affiche antisystème, et comme la seule solution.

- Accéder au pouvoir en tant qu’entité minoritaire ou allié à un partenaire plus faible, en prétendant restaurer l’ordre.

- Modifier la constitution pour se maintenir au pouvoir.


* En 1922, dans un pays déstabilisé et au pouvoir décrédibilisé, Victor Emmanuel III pense pouvoir nommer président du conseil un certain Benito Mussolini, chef du parti fasciste, parti d’extrême gauche pas encore majoritaire. Dans les années qui suivent celui-ci obtient la majorité grâce à une alliance contre nature avec la droite, puis modifie les lois pour se donner les pleins pouvoirs…

* En 1933 le président du Reich, Paul Von Hidenbourg fraîchement réélu dans un pays instable politiquement, nomme son opposant Adolf Hitler, chef du parti socialiste allemand, chancelier. Celui-ci n’avait pourtant obtenu que 33,09 % des voix aux législatives de novembre 1932, mais constituait la moins petite des minorités. Conformément à ce qu’il avait annoncé, Adolf Hitler effectue une véritable purge dans les années qui suivent, modifie la constitution et prend les pleins pouvoirs. Et impose le National-Socialisme de sinistre mémoire…

* En 2024, après des élections législatives perdues malgré des alliances spécieuses, un politicien d’extrême gauche, dont le parcours et les prises de position ont de nombreuses analogies avec ceux de Mussolini, exige le pouvoir pour appliquer « son programme, rien que son programme » sous prétexte que (grâce à ses alliances) il n’est à la tête que de la seconde minorité… Il a clairement annoncé sa volonté de modifier la constitution une fois au pouvoir…
Cette fois la démocratie résiste !


L’histoire semble bégayer, et nos dirigeants n’ont pas le droit de l’ignorer. Il y a cependant une variante à ce schéma itératif :


* En 2024, un ex-président américain, chassé du pouvoir quatre ans auparavant et sous le coup de plusieurs procès, fort d’un discours incendiaire et irréaliste se fait réélire. Une fois au pouvoir il annonce sa volonté de modifier la constitution pour rester président à vie, procède à une purge des services administratifs du pays. Il se montre incohérent, impuissant face aux dictateurs étrangers, se fait systématiquement manipuler et entraîne le monde dans une guerre sans issue.


On dira que l’Amérique est un pays sélectif, avec une élite exceptionnelle et un niveau de culture générale de la population faible. Mais nous aurions tort de nous moquer. Se faire élire par le bluff en obtenant une improbable majorité ? En France un parti s’y efforce depuis des années : l’ex Front National, parti fondé par des pro-nazi et des collabos, avec des liens avérés et historiques avec des mouvements fascistes, des condamnations pour malversation, un programme irréaliste et fluctuant au gré des modes (comme celui de Donald)… Le tout largement documenté pour qui se donne la peine de s’informer. Et un tiers de la population française est prêt à voter pour le Rassemblement National avec l’argument le plus irrationnel possible et pas loin d’être le plus dangereux : « Eux, on a jamais essayé » !


Le danger n’est jamais loin. Souvenons-nous que Mussolini, leader d’extrême gauche, est arrivé au pouvoir avec le soutien d’une certaine droite… Mélenchon a refusé d’appeler à voter contre l’extrême droite après son échec…


3) le parcours du leader

Le parcours de l’inventeur du fascisme est assez typique.

Benito Mussolini est un professeur devenu syndicaliste. Il est d’abord adhérent au parti socialiste se revendiquant homme du peuple, de gauche, anticlérical, et anticapitaliste. Il devient un activiste dans une revue d’extrême gauche. Il quitte le parti socialiste pour fonder son propre parti. Il se fait connaître pour ses harangues virulentes, par son autoritarisme et ses colères qui lui attirent parfois des oppositions au sein de son propre parti. Il n’hésite pas à prendre à partie personnellement ses opposants et des journalistes ou même des hommes de la rue qui le contredisent, allant parfois jusqu’à l’insulte. Il sera condamné pour ses propos excessifs. On lui reproche aussi des propos xénophobes, voire antisémites, une trop grande proximité avec certains autocrates (Hitler, Franco…), et d’être totalement intolérant à toute idée qui n’est pas la sienne. Sa politique consiste à attiser tous les conflits par des discours radicaux, à créer le chaos, pour déstabiliser encore plus la gouvernance en place, déjà fragilisée par les crises et la situation internationale… Son parti situé à l’extrême gauche échoue aux élections, alors il se rabiboche avec les autres forces de gauche dans une coalition peu crédible. Et le discours radical du leader et de son parti fait peur. Alors il échoue à nouveau.


On sait ce qu’il adviendra par la suite… Mais reprenez le paragraphe précédent en remplaçant Mussolini par Mélenchon et (Hitler, Franco…) par (Poutine, Maduro…) et tout colle ! L’histoire bégaye (On se souviendra que Mélenchon demandait le retrait des défenses antimissile de l’OTAN avant la guerre en Ukraine !).


4) le bluff et la violence

Le fascisme étant la gouvernance par une minorité, donc récusée par la majorité, il ne peut se maintenir que par l’autorité et la manipulation (dont la Russie est une démonstration terrible). Mais avant d’être au pouvoir et d’être en mesure d’exercer une autorité quelconque, il n’y a que la manipulation et le mensonge.

En 2024, alors qu’avec 26,68 % des suffrages le NFP obtient un score très minoritaire, largement derrière le Rassemblement National (37,17 %), le jeu électoral lui donne cependant le plus grand nombre de sièges. Il revendique le pouvoir en définissant sa position comme celle d’une « majorité relative », expression à usage purement électoral qui permet de définir par un terme contenant « majorité », ce qui est mathématiquement une minorité… Pour légitimer ses exigences fascistes ?

De même quand leur exigence de rompre avec la démocratie (faire gouverner une minorité récusée par les trois-quarts de la population) est logiquement refusée, ce sont eux qui crient au « déni de démocratie » en premier… C’est absurde mais ça s’ancre dans les esprits…

Rejeter le mal sur l’autre, désigner un coupable pour ne pas être reconnu est un grand classique des cours d’écoles qu’on retrouve en manipulation. Parmi les milices qui soutiennent le parti fasciste LFI, il y a… les Antifa… L’Histoire retiendra néanmoins que dans cette période particulière de notre pays, ce sont bien les brigades de la gauche qui sont passées au meurtre en premier…


Un dernier indice qui permet d’établir la nature fasciste d’un mouvement politique, le culte de la personnalité de son leader. Mussolini se faisait appeler le Duce, et s’est autoproclamé maréchal d’empire ! Hitler était le Führer, le guide ! Trump se considère sauvé par Dieu lui-même et fait une autopromotion permanente en se louant de résultats qu’il n’a pas obtenus. Mélenchon affirme que « la république c’est moi » ou « Ma personne est sacrée »…

Marine Lepen est de ce point de vue bien plus subtile… Elle dédiabolise...

Mais il est dangereux de se bercer d’illusion : Jean-Luc Mélenchon ne deviendra pas respectueux des gens, de la presse et de la démocratie, s’il est élu. Ceux qui se cachent derrière le sourire de Marine Lepen et la juvénilité qui paraît innocente de Jordan Bardella ne resteront pas dans l’ombre si on donne le pouvoir au Rassemblement National.


N’oublions jamais que tous ces dirigeants qui ont tant fait souffrir l’humanité (y compris leur électorat!) ont été portés au pouvoir par les électeurs aveugles…

 

 

 

 

 

vendredi 13 décembre 2024

La France devient-elle Fasciste ?

 




Le terme de « majorité relative » largement employé ces jours-ci par le membres du NFP, a ceci d’ambigu qu’il utilise le mot « majorité » pour désigner ce qui est factuellement et mathématiquement une minorité. La moins petite des minorités certes, mais une minorité parmi d’autres, c’est-à-dire une entité qui a une majorité d’électeurs contre elle… ce déguisement sémantique ne peut cacher le fait que dans une démocratie, aucune minorité ne peut imposer ses choix au pays.

En démocratie, quand il n’existe que des minorités, comme c’est le cas en France aujourd’hui, seule une coalition est légitime pour gouverner. Soit une coalition de gouvernement, comme c’est souvent le cas en Allemagne, soit une coalition circonstancielle, comme a tenté de mettre en œuvre sans succès Michel Barnier.

Tous les partis démocratiques l’ont compris, sans enthousiasme certes, et en tirant la couverture à eux, mais ils se plient tant bien que mal à la règle démocratique. Pas le LFI et au-delà le NFP.

Pourtant, c’est bien quand un parti minoritaire exige d’appliquer toutes ses volontés et seulement ses volontés, qu’il y a un déni de démocratie ! Et cette façon qu’a une minorité d’exiger la pleine direction des affaires d’un pays porte un nom : celui du « faisceau » minoritaire dans lequel il prétend concentrer tout les pouvoirs.


La finalité d’une coalition est de rassembler une part suffisante de l’assemblée législative autour d’un programme pour pouvoir l’appliquer et gouverner, pas de distribuer des trophées suivant l’ordre d’arrivée des perdants. Et dans cette optique républicaine, la nomination de Michel Barnier, un homme de droite, dans un pays qui vote majoritairement à droite, peut être considéré par certains comme une déception, une erreur, un fait à combattre, et a posteriori comme un échec… mais pas comme un déni de démocratie.

Contrairement aux affirmations de LFI et de ses vassaux, c’est la nomination d’un gouvernant issu d’une minorité et refusant la prise en compte des opinions qui lui sont opposés, donc de la majorité, qui serait un déni de démocratie.


On peut néanmoins s’étonner que de part et d’autre, le débat porte d’abord sur le nom de la personne à nommer, (ce qui finit par ennuyer les Français), et non pas sur les idées et les options de gouvernance



L’évocation du faisceau concernant LFI peut paraître choquante. Mais si je vous parle d’un pays européen, qui vient de subir deux crises importantes, où la classe politique implantée est largement déconsidérée. Dans ce contexte un homme, un professeur, passé au syndicalisme puis adhérent au parti socialiste, se revendiquant homme du peuple, de gauche, anticlérical, et anticapitaliste, devient un activiste dans une revue d’extrême gauche. Il finit par quitter le parti socialiste pour fonder son propre parti. Il se fait connaître pour ses harangues virulentes, par son autoritarisme qui lui attire parfois des oppositions au sein de son propre parti. Il n’hésite pas à prendre à partie personnellement ses opposants et des journalistes ou même des hommes de la rue qui le contredisent, allant parfois jusqu’à l’insulte. On lui reproche aussi des propos xénophobes, voire antisémites, une trop grande proximité avec certains autocrates et de refuser de prendre en compte les idées des autres. Sa politique consiste à attiser tous les conflits par des discours radicaux pour déstabiliser encore plus le pouvoir en place…

Son parti s’installe dans le paysage politique à l’extrême gauche et monte en puissance mais ça ne suffit pas pour lui donner une base électorale suffisante. Alors il se rabiboche avec les autres forces de gauche dans une coalition supposée majoritaire. Mais que ces arrangements s’avèrent insuffisants et peu crédibles et le discours radical du leader et de son parti fait peur, alors il échoue. Cela vous rappelle quelqu’un ?


Je suis certain que beaucoup de ceux qui viennent de lire le paragraphe précédent ont eu envie de passer au suivant avec un : « On la connaît par cœur l’histoire de Mélenchon ». Et pourtant il s’agissait de l’histoire (incomplète) d’un certain Benito en 1922 en Italie. Le fascisme et bien une notion qui porte le nom d’un parti d’extrême gauche minoritaire qui exigeait les pleins pouvoirs.

Alors, certes, Emmanuel Macron n’est pas le président rêvé de beaucoup de Français et on peut comprendre pourquoi. Michel Barnier n’était peut-être pas l’homme de la situation et il n’est pas certain que François Bayrou le soit. Mais la censure du 4 novembre n’est qu’accessoirement une remise en cause d’un gouvernement provisoire. Dans ce sens on sait qu’elle ne solutionne rien.


Cette censure qui rallie les extrêmes est d’abord une façon de semer le chaos pour créer une situation sans issue et ainsi tenter d’accéder au pouvoir quand on n’a aucune chance de convaincre et de devenir majoritaire.

Une fois en place, il suffit de modifier les institutions de l’intérieur pour rester au pouvoir.

Même le RN, qui avait opté depuis des années pour une stratégie de dédiabolisation, celle du « faire-semblant », s’est rallié à cette stratégie du chaos dans l’espoir d’éviter à sa présidente le sort que lui réservent les juges.


Ça vous paraît excessif ? Exagérément anxiogène ?

Ce scénario n’a rien de la fiction. C’est une leçon d’Histoire.

C’est comme ça que Benito Mussolini et son parti d’extrême-gauche sont arrivés au pouvoir.

C’est comme ça qu’Adolf, le fondateur du parti socialiste allemand a procédé 10 ans plus tard.

C’est comme ça que le Likoud est arrivé au pouvoir et impose sa loi à un premier ministre qui comme marine Le Pen ou Donald Trump, à besoin de ce pouvoir pour ne pas aller en prison.

Bien qu’élu avec une majorité, Victor Orban, pour se maintenir au pouvoir modifie la constitution dès son retour au pouvoir…

Etc…


En France, de nombreux observateurs prédisent une confrontation LePen-Mélenchon en cas de présidentielle anticipée. Où est l’alternative non totalitaire ?

Les LFI ont déjà annoncé qu’en cas d’accès au pouvoir ils modifieraient la constitution.

Le scénario est déjà écrit. L’Histoire se répète, elle fait même du copié-collé.


Mais quand il sera trop tard, beaucoup diront : « on ne pouvait pas savoir, on a cru que... »


mardi 11 juillet 2023

Les aveugles sont devant l’abîme…


 

À chaque période de troubles et de violences de rue, on voit les mêmes commentateurs politiques se poser les mêmes questions et émettre les mêmes hypothèses sur les causes de cette dégradation de la vie sociale. Pourtant les signes explicites s’accumulent depuis des années.

En 2002, lors des élections présidentielles, le président sortant obtiendra 19,88 % des voix. Ça n’est pas qu’un désaveu personnel, l’autre « parti de gouvernement » représenté par Lionel Jospin fera à peine 16 % et, séisme politique, se fera battre par J.M. Lepen de l’extrême droite.

Le message est clair : on ne veut plus de ces politiques « traditionnels » qui font de la politique politicienne et ne gouvernent pas dans notre intérêt.


En 2007, Nicolas Sarkozy qui a compris et retenu la leçon, fait campagne sur le thème « vous en avez marre de ces politiques qui ne tiennent pas leur parole, qui ne font rien pour vous. Moi je ferai ! ». De leur côté les socialistes, lors d’une primaire, éliminent sèchement le scandale du sang contaminé (L. Fabius) et le scandale de la MGEN (D. Strauss-Kahn) au profit d’une candidate opportuniste et mal connue donc plus ou mons nouvelle : Ségolène Royale. Même F. Bayrou, habituel troisième larron dépassera les 18 %. Mais au premier tour Sarkosy ne dépassera pas les 31 %.

Le message est à nouveau clair : on veut du nouveau, autre chose !

Une fois élu, la bonne communication de campagne de Sarkosy se vautre. Mal conseillé, il cherche des voix à l’extrême droite, c’est une erreur stratégique. En 2012, après l’élimination de D. Strauss-Kahn qui avait pourtant redoré son blason au FMI, les socialistes organisent une primaire où 5 « dinosaures » se partagent le gâteau avec des scores de près de 20 % chacun… Aucun candidat ne se détache, ne séduit. C’est une campagne par défaut qui laisse la place à un F. Hollande fadasse.

Les électeurs veulent autre chose mais les partis politiques ne l’entendent pas, trop préoccupés à préserver un système fait pour eux… pas pour les électeurs.

En 2017, les électeurs se précipitent vers un nouvel arrivant dont on ne sait pas grand-chose. Mais il est jeune, et n’appartient pas au sérail. Il répond donc à ce besoin d’autre chose que les partis traditionnels, en complète déconfiture, ne veulent pas voir.

Emmanuel Macron est élu, fait illusion un temps, puis déçoit. Des mesures comme la suppression du RSI (donc à l’encontre du grand capital qui se sucre sur les Français) vont dans le bon sens, mais d’autres comme la suppression de l’ISF en même temps que la diminution des allocations familiales, envoient un mauvais message. Une communication désastreuse tant dans les actes que dans les mots renvoie l’image d’un président et d’un gouvernement hors sol, loin de la réalité des Français.

Et c’est la révolte des gilets jaunes


Mouvement curieux que ces gilets jaunes :

- Au moment où il se produit, la France ne va pas particulièrement mal. Ça n’est pas un événement ou une circonstance particulière qui déclenche le mouvement, mais la déception ! On veut autre chose, des gens qui gouvernent selon notre réalité, pas ces privilégiés qui vivent dans un monde protégé, et continuent à s’octroyer des privilèges.

Le signal est fort ! Mais il en dit bien plus.

- Le mouvement est exceptionnellement, mais inégalement violent. J’ai vu des défilés pacifiques de gens qui discutaient volontiers. Et dans la même ville (Lyon) à d’autres horaires, des casseurs qui revendiquaient un acte politique. Bien avant l’arrivée des black blocks, les casseurs qui s’attaquaient aux monuments ou aux vitrines des commerçants portaient bien des gilets jaunes. En démolissant le patrimoine des Français, en cassant l’outil de travail de Français, en détruisant les biens vitaux de Français (voitures incendiées…), en bloquant les citoyens dans divers ronds-points, c’est bien aux Français que se sont attaqués les gilets jaunes… pas au gouvernement !

Plus troublant encore, cette pratique qui consistait à ne laisser passer aux ronds-points que ceux qui affichaient un gilet jaune ou klaxonnaient en signe d’approbation : « Soyez de notre côté ou nous nous en prendrons à votre liberté de circuler, vos libertés individuelles. »... Interdit de penser autrement. Pratiques qui constituaient en leur temps les premières manifestations de chemises brunes ou noires… Contrairement à ce que le wokisme ambiant laisse entendre, la justesse d’une cause ne justifie pas tous les moyens de la défendre.

- Ces mouvements ont été largement soutenus par les formations d’extrême droite de Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon.


Nos analystes ou nos dirigeants parlent toujours d’un feu qu’il faudrait éteindre, en ignorant ou feignant d’ignorer le mouvement de fond, sans se remettre en question. Les partis traditionnels n’offrent toujours pas d’alternative.

Pourtant, dans un monde qui se bipolarise entre dictatures et démocraties, les autocrates, eux, ne se voilent pas la face. Ils observent, attisent et attendent une victoire du totalitarisme grâce aux faiblesses et à l’aveuglement de nos démocraties.


Toujours dubitatif ? Alors passons aux exemples concrets :

En 1922 l’Italie est en crise. Le pouvoir en place et les partis de gouvernement traditionnels sont décrédibilisés. Un certain Benito, anticapitaliste, ancien membre du Parti Socialiste Italien dont le nouveau parti est minoritaire, attise les rivalités, mobilise la foule avec des excès oratoires et des discours enflammés et manichéens, se présente comme un sauveur, et profite de l’instabilité politique pour créer des alliances éphémères et s’installer au pouvoir, faisant preuve d’un ego démesuré, instaure un culte de la personnalité et une terrible dictature.

Le peuple qui le pendra n’avait rien vu venir…

 

En 1933 l’Allemagne subit la Grande dépression. Le pouvoir en place et les partis de gouvernement traditionnels sont décrédibilisés. Un certain Adolf, anticapitaliste, membre du parti minoritaire (National)-Socialiste, utilise la violence politique, mobilise la foule avec des excès oratoires et des discours enflammés et manichéens, se présente comme un sauveur, bricole des alliances pour s’installer au pouvoir en profitant de la pagaille qu’il a largement contribué à créer, montrant un ego démesuré, instaure un culte de la personnalité et une terrible dictature.

Le peuple engagé dans une guerre féroce avait espéré.


En 2023 la France va mal. Le pouvoir en place et les partis de gouvernement traditionnels sont décrédibilisés. Un certain Jean-Luc, anticapitaliste, ancien membre du Parti Socialiste dont le nouveau parti est minoritaire, attise les haines, la violence politique et verbale, et encourage la déstabilisation, mobilise la foule avec des excès oratoires et des discours enflammés et manichéens, se présente comme un sauveur, crée des alliances pour conquérir le pouvoir, dépassé par son ego démesuré, instaure un culte de la personnalité et…

En l’absence d’un parti de gauche auquel raccrocher ses espoirs, une partie du peuple veut y croire.

Mais une comparaison des trajectoires, postures, méthodes, saillies et discours de ces trois individus est glaçante

 

vendredi 20 janvier 2023

La réforme des retraites... le consensus du mensonge

A priori, dans un système qui se veut social, démocratique et par répartition, le discours de la première ministre est audible. Équilibrer les comptes est une nécessité et augmenter le temps de cotisation semble être une solution. Sauf qu’à y regarder de plus près avec un peu de bon sens… c’est absurde !

- Un salarié qui par à la retraite est remplacé… on ne change pas le nombre de cotisants, donc le volume de cotisation.

- Un salarié qui reste en poste plus longtemps n’est pas remplacé… et on ne change pas le nombre de cotisants, donc le volume de cotisations.

Le volume des cotisations dépend uniquement du nombre de salariés qui cotisent, donc du nombre de postes effectivement pourvus, donc du taux de chômage ! En aucun cas de la durée pendant laquelle chaque titulaire occupe le poste ou du nombre de titulaires qui se succéderont à ce poste…

Autrement dit, l’allongement de l’âge de la retraite ne crée pas de poste, n’augmente pas le nombre de cotisants et ne changera rien au volume de cotisation encaissé par notre système de retraite ! Et en lui-même ne contribuera pas à l’équilibre de celui-ci

Et c’est particulièrement évident dans un pays comme le nôtre où le taux de chômage est élevé. Certes, cela fait moins de retraites à payer, mais on doit indemniser les chômeurs qui ne peuvent pas occuper les postes qui ne se libèrent pas.

Alors pourquoi le gouvernement s’accroche-t-il à cette mesure apparemment inefficace et impopulaire ? À cause de ses effets pervers.

Dans la réalité si 2 sur 3 des 50-64 ans travaillent, ce taux tombe à seulement 1 sur 3 si on ne considère que les 60-64 ans1, et ne peut que décroître avec l’âge, dans une tranche où il est quasiment impossible de se faire réembaucher.

Seulement un senior sur 3 a du travail, et si on retire de cette minorité, les fonctionnaires, les professions libérales, et ceux dont l’emploi est plus ou moins pérennisé et qui ne cotisent pas, pour la plupart, au régime général, on tombe à quelques pourcents…

Autrement dit, plus on recule l’âge (officiel) de départ à la retraite, plus il y aura de gens qui ne pourront pas cumuler le nombre de trimestres nécessaires pour obtenir une retraite à taux plein (auquel beaucoup n’arrivent qu’à l’aide de petits boulots en fin de carrière !). Autrement dit le recul de l’âge de retraite, a pour véritable but de multiplier les postulants à la retraite qui n’auront plus droit à un taux plein et toucheront une retraite fortement diminuée…

L’équilibrage du régime de retraite par le recul de l’âge de la retraite et l’augmentation de la durée de cotisation, ne peut en aucun cas reposer sur l’espoir d’encaisser plus de cotisations, mais se fera uniquement par l’appauvrissement drastique du niveau des retraites pour une grande partie de la population non protégée : les salariés du privé, la population qui crée la richesse du pays.


Et pourtant la réforme des retraites est nécessaire ! Il suffit de se confronter à ce système pour le comprendre. Notre système de retraite est opaque, extrêmement gourmand en frais de fonctionnement et un des plus injustes du monde.

Dans un post précédent2, je reviens sur les interactions, les dysfonctionnements, les aberrations, la lourdeur et l’inefficacité de ce monstre composé de l’Assurance Retraite, la Caisse Régionale de retraite, Info-retraite, AGIRC-ARCO et toutes les caisses parallèles parasites et inutiles qui (et je parle d’expériences personnelles) rendent notre système aussi opaque que coûteux et inapte à répondre aux besoins des usagers.

J’y expose aussi l’arnaque des délégations, et des différentes caisses de retraite complémentaires, génératrices d’injustices de surcoûts.

Il y a là un potentiel considérable d’économie, de progrès et de justice sociale.


Avant de rallonger la durée du travail pour créer plus de retraités pauvres, ne serait-il pas nécessaire de mettre en œuvre cette mesure évidente intégrée au premier projet du gouvernement Macron, qui proposait la suppression des 42 caisses de retraite complémentaire ? Si elles sont d’origines et de raisons d’être diverses, toutes pénalisent fortement la démocratie et notre système de retraite.

* Supprimons ces délégations de service public obtenues par des acteurs de la finance (banques, assurances…) auprès de gouvernements corrompus, qui multiplient les traitements d’un même dossier et n’ont pour seule fonction que de permettre à ces organismes de se sucrer sur le budget des retraites avec des pratiques souvent douteuses, et sans aucune utilité, ni pour le gouvernement, ni pour les retraités.

On aimerait entendre notre gouvernement et nos syndicats s’attaquer un peu plus courageusement à ces dérives capitalistes.

* Supprimons ces exceptions malsaines qui permettent aux professions à hauts revenus (comme les notaires, les avocats, les pilotes, etc.) de ne pas participer à la solidarité nationale sur laquelle repose pourtant notre système social. On comprend bien sûr, la volonté de ceux-ci de ne pas cotiser pour la plèbe, les manants et les smicards, comme ils le font déjà pour la Sécu ! Une solidarité dont peuvent s’exclure ceux qui peuvent s’en sortent par eux-mêmes grâce à leurs gros moyens… n’a juste aucun sens !

On aimerait entendre notre gouvernement et nos syndicats s’attaquer un peu plus courageusement à ces lobbys influents.

 * Supprimons surtout les caisses des régimes spéciaux, dénis de démocratie, qui ne doivent leur existence qu’au pouvoir de blocage des corporations auxquelles elles bénéficient. Les régimes spéciaux ne sont jamais justifiés par des conditions de travail ou la pénibilité (si celles-ci doivent être prises en compte, c’est de la même façon pour tous ceux qui y sont soumis, donc sans « régime spécial ». Instaurer un régime spécial, c’est faire payer cette pénibilité des uns par les autres, sur le simple critère du pouvoir de blocage d’une corporation quelle que soit la pénibilité effective !)

On aimerait entendre notre gouvernement parler vrai sur ce sujet et nos syndicats découvrir la justice sociale.


J’en reviens toujours à la même conclusion :

Une réforme est urgente et nécessaire, mais vers plus de justice et d’intégrité. Et elle passe par la réduction à une seule entité de la cinquantaine d’organismes qui trafiquent avec nos retraites, et une situation claire où les réformes sont indiscutables. Pas par le leurre de l’allongement du temps de cotisation des gens refusés par le marché du travail, et l’appauvrissement programmé de nos retraités.



1https://observatoire-des-seniors.com/669-des-50-64-ans-en-activite-en-2019/

2http://philippedroger.blogspot.com/2021/07/les-hypocrites-de-la-retraite.html

lundi 29 novembre 2021

La Guadeloupe en crise ! Quelques clefs pour comprendre.

 

La Guadeloupe est en crise, barrages, émeutes, incendies, tirs d’armes à feu. C’est un phénomène qui peut sembler récurrent, difficile à comprendre de l’extérieur, et aux racines complexes. J’y vis depuis bientôt 35 ans, et je vais m’efforcer de fournir ici quelques clefs de compréhension.


Le refus de l’« obligation » vaccinale

Comme partout dans le monde, l’arrivée rapide d’un vaccin présenté comme issu d’une technologie nouvelle a généré quelques inquiétudes bien compréhensibles… En Guadeloupe plus qu’ailleurs, dès le départ. De plus, maintenant qu’il est établi que le vaccin est efficace et que les vaccinés sont 8 à 9 fois moins contagieux et moins sujet à des formes graves, la méfiance s’apaise progressivement ailleurs, pas en Guadeloupe.

Et pourtant, de nombreuses familles sont touchées, les chiffres sont catastrophiques (jusqu’à 100 % de non vaccinés hospitalisés au début de l’automne), il y a des containers réfrigérés près des hôpitaux pour suppléer aux insuffisances de la morgue… mais rien n’y fait.

Dans cette population où, les réactions sont souvent passionnelles, il ne faut pourtant pas s’étonner d’une telle réaction.

- D’abord on se méfie de ce qui vient de l’extérieur. On ne se sent pas respecté par les autres populations, alors les rapports sont souvent empreints de suspicion. Avec cela, différentes croyances en des forces cachées sont encore très vivaces et cette combinaison des deux constitue un terrain idéal pour toutes les théories du complot, y compris les plus invraisemblables ! Et dans ce cas, la présentation d’arguments rationnels ne convainc pas, elle ne fait souvent qu’accentuer le déni.

- Ensuite le rapport à l’autorité est toujours compliqué ici. Plus que l’esclavage, les séquelles de la colonisation et la crainte du racisme font qu’elle est souvent mal vécue, délicate à exercer… Alors plus que la vaccination en elle-même, c’est l’« obligation » qui est impopulaire. On présente alors le gouvernement comme « colonial » et on choisit son camp en fonction de ce critère, quoi que dise la raison. Et plus qu’ailleurs encore, l’orgueil interdit tout retour en arrière, même devant l’évidence. Beaucoup de situations deviennent ainsi des impasses.

- Le scandale du Chlordécone renforce cette méfiance et est souvent employé pour la justifier. Mais c’est un argument à double tranchant :

En 1990, sous la pression d’un lobby antillais (planteurs de bananes), l’État a accordé une dérogation pour prolonger l’usage du chlordécone (démontré internationalement nocif) aux Antilles. Aujourd’hui, on lui reproche (à juste titre !) un manquement à son devoir de protection de la population.

Si aujourd’hui, à la demande d’un quelconque groupe de pression antillais, l’État en vient à accorder une dérogation sur la vaccination (alors que la non-vaccination est reconnue internationalement comme létale), l’Etat prend le risque de se voir reprocher à nouveau un manquement à son devoir de protection de la population.

Un dernier point mérite d’être soulevé. Si on raisonne au singulier et qu’on considère que le vaccin n’est qu’une protection personnelle, alors l’obligation vaccinale est évidemment un non-sens et inacceptable. Si on pense collectivement et donc que le vaccin est d’abord une façon de protéger son entourage (en diminuant la probabilité d’être un vecteur de contamination) et de participer à l’immunité collective, alors le vaccin est une évidence.
Or en Guadeloupe on pense peu collectif. Le discours face au vaccin le démontre, mais pas seulement. En sport, si la Guadeloupe a donné à la France un nombre impressionnant (même disproportionné) de grands footballeurs, la Guadeloupe en tant qu’équipe, est régulièrement éliminée aux premiers tours des compétitions nationales. C’est vrai aussi en cyclisme, où l’équipe de Guadeloupe se fait régulièrement dominer sur son terrain (Tour de Guadeloupe) par des équipes de seconde zone… Dans la vie courante, les Guadeloupéens sont souvent des gens très propres chez eux, mais le domaine public (collectif) est constellé de décharges sauvages et les canettes en tous genres s’accumulent sur les bords de routes… Enfin, en politique, des hommes corrompus sont systématiquement élus (et réélus) – j’y reviendrai - dans l’espoir d’obtenir un petit job, une petite faveur… Et tant pis si c’est l’argent public qui finance ces cadeaux et que la plupart des communes sont en faillite ! Ce sont les pays qui ont la plus forte conscience collective (Israël, Danemark…) qui ont été les premiers vaccinés.


La vie chère !

C’est un fait incontestable, et ceux qui ont séjourné en Guadeloupe le savent, le coût de la vie y est élevé (12,5 % en 2016 d’après l’INSEE, mais c’est un peu comme le froid, le ressenti est bien pire ! D'autant que l'alimentation - produit de première nécessité s'il en est - souffre d'un surcoût de 34 à 38% !). Les fonctionnaires qui touchent un sursalaire de 40 % s’en tirent bien, mais pour les autres, ceux du privé, dont les revenus sont souvent inférieurs à ceux de la métropole, c’est lourd à porter.

C’était la revendication principale du LKP lors des mouvements de grève de 2009 qui ont bloqué l’île pendant 2 mois. Mais cette crise n’a rien changé fondamentalement, et les analyses qu’on entend dans les médias laissent dubitatif !

Tout d’abord délégitimons deux fausses raisons souvent invoquées :

- C’est l’octroi de mer (taxe locale) qui rend tout plus cher. Faux. L’octroi de mer vient en remplacement de taxes nationales. Au lieu d’avoir 20 % de taxes d’état, Aux Antilles on a environ 10 % de taxe nationales + 10 % de taxes locales. L’octroi de mer n’engendre donc pas de surcoût significatif.

- L’éloignement des centres de production entraîne des frais de transport importants. Souvent faux. Ça ne coûte pas plus cher d’expédier une automobile ou un container d’ordinateurs du Japon ou de Corée, en Guadeloupe qu’en France métropolitaine. Pour les ingrédients ramenés en container de métropole, ce qui coûte cher c’est la containérisation et le dépotage, et ils sont comparables pour un trajet Strasbourg Paris ou Strasbourg Pointe-à-Pitre. Quant à la distance parcourue en cargo, elle coûte peu. Ramené à un paquet de biscuit au milieu d’un container, ce surcoût lié au parcours maritime et inférieur au centime d’euro !

- Ce qui explique le coût élevé des marchandises aux Antilles, ce sont les monopoles. Les familles des anciens colons (ceux qu’on appelle les békés en Martinique) possèdent la plupart des sociétés d’import-export, les grossistes et les chaînes de supermarchés. Alors ils pratiquent les prix qu’ils veulent, et les autres s’alignent. Quand Leclerc a cru flairer la bonne opportunité an Martinique, en observant qu’il était facile de casser les prix. Il s’est installé un an, puis a été prié de partir. Pas question de casser le marché. Les békés ont un monopole féroce de certains secteurs, comme l’agroalimentaire ou l’automobile.

La forte prise de participation du groupe Hayot dans le groupe Promodes (Carrefour) fait qu’il est un des rares franchisés à pouvoir se permettre de masquer les prix Carrefour (normalement imposés pour tous les magasins) par une étiquette au tarif supérieur.

Un exemple me paraît très représentatif de ces anomalies. Au début des années 90, acheter un ordinateur en Guadeloupe coûtait deux fois plus chers (200 %!) qu'en métropole. Dans ce secteur pas encore « réservé » un trouble-fête métropolitain est venu s’installer (PC Leader), offrant des ordinateurs à 120 % du prix métropole. Dans le mois tous les revendeurs locaux se sont alignés et continuent à vendre (aujourd’hui à peine plus cher qu’en métropole) en étant largement bénéficiaires. C’est dire les marges ahurissantes qu’ils se faisaient avant.

- Une autre cause des prix élevés, est la curieuse gestion des ressources et l’absence d’autonomie de l’île, notamment dans le domaine agroalimentaire, mais là encore l’influence des importateurs n’est pas un mythe. Et puis l’agriculture repose essentiellement sur la canne et la banane, produits d’exportation qui appauvrissent la Guadeloupe. Quand un planteur touche 3 euros pour ses bananes, il y a en fait 1 euro de vente réelle et 2 euros de subventions d’état, qui pourraient être utilisés utilement à autre chose qu’à faire survivre des plantations non concurrentielles. Parallèlement on importe tous les ans en Guadeloupe 10 000 tonnes d’agrumes… Cherchez l’erreur.


Le manque d’eau au robinet...

Là aussi c’est une réalité ! Le réseau d’eau est vétuste, perd un tiers de sa production dans les fuites, comprend encore des tuyaux en fibrociment, date des débuts de la départementalisation. Certaines zones ne sont desservies que par intermittence. Les piquages ont été bricolés au lieu d’être réparés après les cyclones. Non seulement la distribution est défaillante mais il est difficile d’avoir confiance dans la qualité de l’eau. D’où la consommation importante de bouteilles d’eau, vendues trois fois plus chères qu’en métropole.

Tout le monde le constate, et les responsables sont connus. Les réseaux d’eau ont depuis longtemps été gérés par des « syndics », Siaeg et autres. Ces entités sont créées par les communes et sous la responsabilité des élus locaux eux-mêmes élus par les Guadeloupéens. De nombreux scandales trop vite étouffés ont montré que la plupart des communes (plutôt mieux dotées qu’en métropole) ne finançaient pas ces syndics à hauteur des engagements et des besoins et que le peu d’argent que ceux-ci recevaient servait à financer des voyages ou des appartements aux cadres et aux élus qui les avaient nommés1.

L’exploitation de ces réseaux d’eau est confiée à des « fermiers » (Générale des Eaux, etc.) qui encaissent les paiements des usagers mais n’ont en charge que les réparations… Le financement du développement et de l’entretien préventif est parti dans les poches des politiciens locaux.


On touche là une des principales causes des difficultés de la Guadeloupe. Depuis des décennies, les Guadeloupéens votent pour des maires corrompus, et connus comme tels (parfois déjà condamnés!), parce qu’ils en espèrent un avantage personnel, au mieux un emploi dans la fonction publique (très bien rémunéré!). Le résultat est que les communes de Guadeloupe ont en moyenne trois fois plus d’employés communaux par habitant qu’en métropole (et bien payés, ce sont des amis…). Alors que les communes sont mal entretenues, il n’y a que des chefs ! Les deux tiers du budget communal passent dans la masse salariale et 30 communes sur 33 devraient être déclarées en faillite. Mais quand on vote pour un maire corrompu dans l’espoir de tirer profit de l’argent public à titre personnel, il ne faut pas s’attendre à ce que le reste du budget soit géré au bénéfice de la collectivité et que le maire ne se serve pas aussi pour lui !

Mais détourner de l’argent public (lajen léta) n’est pas ici considéré comme immoral… On s’en vante même, c’est une preuve de ruse et de bonnes relations !

Dans le scandale de l’eau, ce sont bien les électeurs guadeloupéens qui ont élu leurs édiles à qui ils ont confié la nomination des responsables de la gestion de l’eau qui ont mis le système en faillite. Ce sont bien les électeurs guadeloupéens qui ont créé cette situation et qui détiennent les clefs du changement… C’est même le principe de la démocratie, et la raison d’être du droit de vote.

Contrairement au discours à œillères de certains2, ça n’est pas « l’État colonial » qui porte la responsabilité des décisions des électeurs guadeloupéens. Si l’État à failli, c’est de fermer les yeux trop longtemps sur ces pratiques. Mais les Guadeloupéens n’aiment pas non plus que « la justice coloniale » condamne leurs élus…

 

Le malaise de la jeunesse…

Le malaise évoqué par certain et lui aussi palpable. Près de la moitié d’entre eux s’en va faire leurs études ailleurs, et beaucoup ne reviennent pas. Une fois qu’ils se sont fait un cercle d’amis là-bas, ils ont moins envie de venir affronter les difficultés de l’emploi en Guadeloupe.

Il est certain que l’insularité est une particularité souvent handicapante. Les perspectives d’évolutions sont limitées, la Guadeloupe faible exportatrice et grande importatrice ne produit qu’une partie de sa consommation. Certains métiers n’existent pas ou si peu qu’ils restent précaires. Beaucoup d’entreprises sont dépendantes de marchés publics, ou au mieux d’un marché réduit et fermé…

En conséquence, les postes sont rares, donc chers, et comme partout, il est bon d’avoir des appuis, pour chaque poste qui s’ouvre il y a des dizaines de candidats, et certains ont des appuis sérieux. Celui qui n’en a pas n’a aucune chance, quels que soient ses atouts par ailleurs.

Pire l’institution des 40 % (sursalaires des fonctionnaires) a totalement faussé la donne. En Guadeloupe tu es fonctionnaire, tu gagnes bien ta vie, tu as la sécurité de l’emploi et les horaires réduits. Si tu travailles dans le privé, tu es payé au lance-pierre pour un emploi souvent précaire, qui dépend de l’humeur du patron. Pas étonnant que dans un tel contexte, l’« ambition » d’un jeune, c’est d’être fonctionnaire, pas de contribuer au développement économique de son pays. Mais là aussi les postes sont chers et le mérite d’un candidat ne pèse pas lourd3. Le résultat est une administration pléthorique, où les compétences ne sont jamais prises en compte et où tout le monde doit quelque chose à quelqu’un.

La création d’entreprise n’est pas non plus le recours qu’elle pourrait être. Ça peut marcher pour une entreprise grand public, comme les restaurant, mais si une entreprise marche bien et qu’elle est sur un marché spécifique, il est fréquent qu’un concurrent s’installe avec des appuis plus solides et coule celui qui a créé l’activité soit grâce à ses relations soit avec des pots-de-vin.

Ce système hyper clientéliste laisse peu de place à une jeunesse qui n’a pas de réseau familial. C’est à la fois un plafonnement de la compétence et donc de la qualité des services et surtout une machine à créer des exclus.

Le problème est que le gouvernement appelé à la rescousse à peu de moyens d’intervention dans ce domaine, à part peut-être un peu plus de vigilance dans l’embauche dans la fonction publique nationale… Le malaise est bien local ! Cette mainmise sur l’embauche est un élément de pouvoir des élus locaux… Ils n’ont aucune envie que les choses s’améliorent…

Une autre voie de progrès pourrait être le développement de secteurs d’activités faciles à exporter (comme l’informatique, les huiles essentielles…) ou de développer les pôles touristiques. Mais là encore les politiques qui devraient être les moteurs de ce genre de projets, sont pour la plupart issus de la fonction publique et n’ont jamais créé un emploi productif ou pris un risque entrepreneurial de leur vie…

Les idées passent parfois germent… rien ne se fait.

La commune où j’habite est tout à fait représentative de cette situation. Il y a 7 500 habitants et plus de 300 employés municipaux (pour une moyenne de 100 pour 10000 habitants en métropole…) et on continue d’embaucher4. Beaucoup ne travaillent que quelques heures par semaine5, et la commune manque visiblement d’entretien. Le maire habite une autre commune ne vient parfois qu’une demi-journée par semaine. La commune dispose de nombreux atouts : ruralité, centre de plongée réputé, emplacement idéal pour le nautisme itinérant, possibilités de randonnées, nombreux couchages sous forme de gîtes, communications routières, etc. Le maire actuel s’est fait élire en 2014 et 2020 avec un projet de « Station Nautique » ; idée qu’il a piqué à un de ses adversaires en cours de campagne, et pour laquelle il a fait voter de nombreux budgets… aujourd’hui consommés en frais divers. À ce jour rien n’a été fait, et la ville végète toujours sans perspective pour ses jeunes.

Le potentiel est là. Mais la seule façon de le faire évoluer c’est d’arrêter d’élire des politiciens aussi incompétents que corrompus. Les clefs sont bien dans les mains des Antillais.

Et puis, constituer des entités économiques qui amèneront la Guadeloupe à une économie plus équilibrée… commence par ne pas saboter le tissu économique tous les 10 ans !


Une réalité syndicale spécifique…

Il y a plusieurs syndicats représentés en Guadeloupe, mais celui qui fait le plus parler de lui et est à l’origine des mouvements du LKP en 2009 ou des barrages d’aujourd’hui, c’est l’UGTG.

Ce syndicat se distingue de l’idée qu’on se fait d’un tel organe à bien des égards.

- D’abord parce qu’il est coutumier d’agissements violents6

- Ensuite parce que l’idéologie affichée est contradictoire. Ce syndicat affiche des opinions clairement indépendantistes, mais en même temps la plupart de ses revendications portent sur plus de subventions et de financement d’état, plus d’embauche d’état, plus d’intervention d’état sur des problématiques purement locales…

- Et puis parce que ces exigences de résultats auprès de l’état n’en font pas une force de proposition et jamais un élément constructif. En 2009, le LKP disait vouloir lutter contre la vie chère. Mais les causes réelles (et locales) de cette cherté n’ont jamais été abordées. Au bilan de ce mouvement une prime de 200 € provisoire, et bien vite avalée par la non-augmentation des salaires, et une liste de 100 produits – dits de première nécessité – aux prix encadrés provisoirement. Ironie qui en dit long : cette liste a été établie par les békés eux-mêmes ! Elle comprenait le Tilleul menthe…
Mais rien pour démanteler les monopoles. Et 12 ans après rien n’a changé

- Et encore, des intérêts défendus pour le moins ambigus. Comme en 2009 l’UGTG (qui rassemble essentiellement des fonctionnaires touchant les 40 % ) fait le pari de laisser pourrir la situation, avec de nombreuses exigences de pure forme avant, d’accepter de négocier. On est à l’évidence bien plus dans le rapport de force que dans la recherche de solutions. Malheureusement (mais logiquement), en 2009 l’état comptait aussi sur la lassitude des habitants et le pourrissement de la situation. L’île a été bloquée deux mois, mais le mouvement de grève en lui-même n’a duré que 44 jours… pour préserver le trimestre de retraite des fonctionnaires grévistes7. Mais dans un même temps, dans chaque île, près de 1000 entreprises ont fait faillite, et 10 000 salariés ont perdu leur emploi.

C’est une constante de ces mouvements sociaux menés par l’UGTG (mais c’était aussi le cas des gilets jaunes) : les victimes de ces mouvements sociaux sont toujours les Guadeloupéens, des salariés Guadeloupéens, des malades Guadeloupéens qui n’accèdent pas aux soins, des artisans Guadeloupéens… des Guadeloupéens qui souffrent… personne d’autre ! Qui peut croire que cette catastrophe économique provoquée délibérément sert à aider les Guadeloupéens à sortir du marasme ?

Interrogé, après le LKP, par la télé locale sur le sort des employés des centres commerciaux restés sans salaire plus de deux mois, Elie Domota, fonctionnaire protégé de Pôle emploi a répondu en balayant la question d’un revers de main «qu’on leur trouverait un emploi… »… en pleine crise !

Cependant si vous évoquez la responsabilité des Guadeloupéens dans leurs difficultés ou émettez le moindre doute sur le fait que L’UGTG représente les Guadeloupéens contre l’« État Colonial », vous serez immédiatement classé « kolonialist » et vos arguments ne seront pas écoutés.

- Enfin, les méthodes et des résultats restent discutables. Si le LKP était plutôt soutenu par la population Guadeloupéenne, qui en attendait une amélioration de ses conditions de vie, le mouvement d’aujourd’hui peine à fédérer. Il faut dire que le bilan de ces manifestations laisse perplexe :

- Aucune avancée significative sur le long terme… (la vie chère a disparu ? Les monopoles qui piègent l'économie locale ont-ils été modifiés depuis 2009 ? pourquoi ?).

- Effondrement du tissu économique, pourtant seul capable de sortir l’île du marasme.

- Chômage et faillites.

- Renforcement du déséquilibre public/privé (et donc renforcement du pouvoir de blocage des syndicats bien implantés dans la fonction publique).

- Atteintes aux droits de circuler des citoyens. Les pseudo-défenseurs de leur liberté n’ont aucune considération pour celle des autres… ici comme ailleurs.

- Morts médicaux (essentiellement des dialysés qui n’ont pas pu se rendre au centre, des malades qui n’ont pas reçu les soins à temps, ou des malades hospitaliers morts parce que l’anesthésiste ou le chirurgien n’a pas pu se déplacer)8.

- Une image durablement ternie pour le tourisme (spécialement cette année ou les exactions sont bien plus médiatisées qu’en 2009), mais aussi pour la Guadeloupe et les Guadeloupéens en général (le pillage de boutiques ciblées et le spectacles de types jouant aux durs en se cachant derrière des cagoules est souvent jugé sévèrement par les observateurs extérieurs).

- Fermetures des écoles (moins que pour le Covid à ce jour, mais fallait-il en rajouter?)

Sans compter les « dommages collatéraux »

- Vandalisme ciblé (bijouteries, téléphonie, banques…) nocturne.

- Incendie de maisons et de commerces

- Présence de manifestants cagoulés et en arme sur les « barrages »

- Rançonnage des touristes et du personnel soignant.

Toutes choses qui tiennent de la délinquance et pas du mouvement social. pour ces derniers points, les mouvements et les syndicats qui créent le désordre et les conditions de ces dérapages ne les revendiquent pas…Mais exigent après coup la libération des délinquants pris en flagrant délit.
(Je pense personnellement que si le gouvernement a choisi d’envoyer le GIGN et pas des brigades de CRS comme il est d’usage lors de simples mouvements sociaux, c’est que ses renseignements prévoyaient ces débordements, donc ceux-ci étaient planifiés).


Au delà de l’« obligation vaccinale » qui provoque des réactions hystériques ici et ailleurs, et sur lesquelles l’UGTG voudrait s’appuyer pour créer un deuxième LKP, les problèmes évoqués lors de ces mouvements sociaux sont réels.

Mais il est évident que d’autres intérêts utilisent ce malaise, et entretiennent une confusion dont résulte un curieux mélange de violence et d’inefficacité

En accusant systématiquement le « gouvernement colonial » (il est vrai coupable, au minimum, d’ignorance et de maladresse !) de tous les maux, ces mouvements violents contribuent fortement à cacher les causes profondes du malaise antillais, qui, sont le plus souvent locales et internes.



1    Dont la célèbre Lucette Michaux-Chevry, engoncé dans les scandales et les procès avant son décès.

2    Je pense bien sûr à l’exposé tendancieux de nombreux syndicalistes mais aussi par exemple, à la vidéo surprenante de Claudy Siar, présentateur de Radio parisien d’origine guadeloupéenne, qui pendant plusieurs minutes fustige à répétition « l’état colonialiste » pour des manquements… dans les tâches dues aux élus locaux. C’est bien sûr populaire de déresponsabiliser ainsi son auditoire et d’en faire des victimes.

3    J’ai participé personnellement (et avec succès) à deux processus nationaux de recrutement dans la fonction publique de Guadeloupe. J’ai même été présenté au personnel d’une de ces institutions comme leur futur manager. Mais les deux fois, au moment de l’embauche, un candidat appuyé par « en haut » a eu finalement le poste, sans participer à aucun processus de sélection.

4    Deux embauches encore prévues au conseil municipal de ce mois-ci...

5    C’est déjà beaucoup ! Sur les 500 employés embauchés par la communauté d’agglomération lors de sa création en 2014, 90 n’ont jamais mis les pieds à la communauté. Ils se contentaient de toucher un (gros) salaire.

6    On se souviens du tabassage du directeur d’un fast-food parce qu’il ne fermait pas lors d’un jour déclaré férié par l’UGTG, ou du vidage du carburant des camions de la raffinerie avec menace d’un briquet, d’employés forcés manu-militari de quitter leurs bureaux (et de grossir ainsi le nombre de grévistes!), etc...

7    Dans la fonction publique, à partir de 45 jours de grève, les fonctionnaires perdent un trimestre de cotisation retraite.

8    En 2009, j’étais en préfecture quand les premiers morts hospitaliers ont été signalés. Le lendemain une réunion de tous les syndicats concernés à été initiée par M.Ursulet (syndicat hospitalier) et l’emprise sur la raffinerie a été relâchée pour permettre (trop tard) l’approvisionnement des véhicules d’urgence. Ces données n’ont jamais été rendues publiques.