jeudi 12 novembre 2020

Quand les religions s’égarent...

Nous vivons une période particulière où les relations entre l’humanité et les religions deviennent difficiles. Et quand j’ai écrit « La Prophétie d’Aïzan » il y a deux ans, je pensais bien que ce serait de plus en plus, un sujet d’actualité, mais j’espérais de façon moins dramatique. 

Quand j’entends que plus de la moitié des jeunes musulmans de France pensent que la charia devrait influencer les lois françaises, l’agnostique laïc que je suis s’insurge !


- D’abord parce que les lois de la républiques doivent être inspirées par le bien-être des citoyens et les nécessités de la vie en société, en aucun cas par les croyances mystiques des uns ou des autres (surtout des autres!)
- Ensuite parce que la charia est, à bien des égards, incompatible avec les droits de l’homme (liberté d’expression, droits des femmes, etc.).
- Enfin, parce que la charia1 ne fait pas partie de l’Islam originel. Seul le Coran peut prétendre refléter l’enseignement du Prophète. La charia est un ajout qui lui est largement postérieur, supervisé par les pouvoirs temporels et politiques qui ont utilisé la religion. Son utilisation relève donc d’une interprétation politique de la religion et d’un choix non-implicite à la religion musulmane


La religion chrétienne ne fait pas mieux. Ses « canons » et son dogme ayant été définis trois siècles après les enseignements du Christ2 sous l’égide d’un pouvoir politique désireux de se munir d’une religion d’état…

Mais de ce côté là aussi on estime souvent que la religion devrait exercer une forme d’autorité sur notre société laïque. Récemment, alors qu’il commentait les événements tragiques qui ont endeuillé la communauté chrétienne et au-delà à Nice, l'archevêque de Toulouse, Robert Le Gall, estimait que "on ne peut pas se permettre de se moquer impunément des religions"3

Si ces mots s’adressaient à la communauté qui reconnaît son autorité alors c’est une affaire entre Chrétiens et ces paroles n’ont pas de portée particulière. Mais il parle alors sur une chaîne publique (France Bleue) et hors de sa communauté, le citoyen Le Gall n’a pas plus d’autorité que le boulanger du quartier. Il peut exprimer ce qu’il pense, et ses croyances personnelles – c’est même un privilège de notre laïcité et de notre liberté d’expression - mais pas déterminer ce qu’« on » (vous et moi) peut se permettre...

Quand il suggère qu’on ne peut pas blasphémer « impunément » Robert Le Gall cautionne l’intolérance des musulmans radicaux. Bien sûr, il n’appelle pas à la violence, mais qui sera chargé des « punitions » ? La loi laïque ? La Charia ? L’inquisition ?
Les punitions qu’il évoque explicitement, sont-elles compatibles avec son discours pacifiste ?

Ça n’est pas aux critiques et aux moqueurs de se taire. C’est aux religions de reprendre leur place : des croyances personnelles.

L’archevêque, ne s’en tient pas là, et s’efforce de profiter de l’émotion provoquée par le drame et de son accès aux médias pour vendre sa marchandise. Dans le même interview, il déclare que : « La religion est essentielle, c'est une dimension humaine. »

Non Robert Le Gall, la religion n'est pas "essentielle". Partout où elle s'est imposée les sociétés ont été freinées dans leur développement (que n’a t-elle condamné tout à tour, l’astronomie, la médecine, la chimie, le développement personnel… et la liberté d’expression!), voire ont régressé. Par contre la liberté d'expression, elle, est essentielle. Partout où elle existe les sociétés avancent, développent, cherchent et trouvent. Même si le progrès n'est pas toujours irréprochable, son accélération fulgurante (comme la naissance de démocraties) de ces deux derniers siècles s'accompagne toujours de la perte d'influence des religions et de l'accès à la liberté d'expression.

La religion n'est pas non plus une "dimension humaine". La spiritualité est une dimension humaine, le dogme religieux son handicap

Il peut être sain (sans « t »!) de tourner en dérision les errements des religions, à chaque fois qu’un échantillon de l’humanité se prend les pieds dans le tapis au nom d’un dieu quel qu’il soit.
J’aurais probablement dû remplacer cette rubrique par quelques dessins caricaturaux bien sentis, mais je suis un piètre dessinateur, et je dois bien l’avouer (mais il me sera beaucoup pardonné) que vous m’avez fâché Monseigneur.


1Le terme n’est utilisé qu’une fois dans le Coran, Sourate 45, verset 18, sans y être plus explicité.

2Concile de Nicéé

3https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/declaration-polemique-archeveque-toulouse-on-ne-peut-pas-se-permettre-se-moquer-impunement-religions-1889508.amp?__twitter_impression=true


 

 


dimanche 25 octobre 2020

Quand l’écologie devient une arnaque.

 

La plupart d’entre nous en sommes convaincus aujourd’hui, l’écologie est un enjeu majeur de notre avenir. Et cela impliquera des modifications importantes de notre façon de vivre et de consommer.

Cette évidence fait de l’écologie un thème très populaire en politique où il faut désormais montrer patte verte pour espérer être élu. Mais cela ne pourrait n'avoir aucun effet positif si l’écologie n’était dans le discours politique qu’un alibi qu’un prétexte sans fondement, destiné à donner de la visibilité à son auteur, sans étude de fond du sujet évoqué.

Je voudrais vous donner ici trois sujets populaires chez les écolos (politicars) et pourtant négatifs voire dramatiques pour les écologistes (scientifiques). Ne ratez pas le troisième.

Ces 3 exemples concernent l’automobile. Parce que quand on est écolo il faut être anti-voiture. Bien sûr le transport routier pollue, et déplacer une à deux tonnes de métal à chaque fois qu’un quidam veut changer d’endroit n’est pas très efficace. Et là aussi il nous faudra à l’avenir changer notre mode de fonctionnement. Mais d’autres secteurs comme la production électrique, le transport maritime, le chauffage ou le transport de fret international à des fins d’exploitation de main-d’œuvre bon marché ailleurs dans le monde… mériteraient largement le même acharnement. Mais voilà, si l’écologie prône le dialogue et la réflexion, le concept écolo ne souffre aucune contestation, se contente d’évidences apparentes et jouit du rejet de cet instrument de liberté individuelle qu’est l’automobile.


La chasse aux SUV

Le dernier de ces « écolos » à se fourvoyer dans des idées toutes faites est le WWF, qui vient de déclarer la guerre aux SUV sur la base d’une étude… du WWF, juste ahurissante de mauvaise foi, illustrée (en toute objectivité) par la photo d’un Range Rover… (pur tout-terrain et très loin du SUV de monsieur tout le monde).

Et bien sûr le WWF incrimine le poids des équipements 4x4. Or, la plupart des SUV commercialisés n’ont pas d’équipement tout-terrain (et souvent même pas de version 4x4 commercialisée, responsables de surpoids et de surconsommation) Mieux, ils sont parfois équipés d’antipatinage qui permet d’affronter des chemins glissant sans traîner un 4x4...

Ensuite le WWF compare les SUV existants avec les véhicules dont ils sont issus mécaniquement alors que les dits SUV offrent un confort et une habitabilité qui les met en concurrence avec la gamme supérieure.

Autrement dit celui qui trouve que sa 208 est devenue trop petite pour son usage familial, va choisir entre une 2008 et une 308… à motorisation égale (1,2l / 130cv) la 308 pèse 13 kg de plus et la surface frontale du 2008 est 1,7% plus grande…

Pareil pour le possesseur d’une Clio qui veut passer à plus spacieux. Il choisira entre une Captur ou une Mégane : à motorisation égale (1,3l / 130cv) la Mégane pèse 119 kg de plus…

Le seul facteur pouvant entraîner une très légère surconsommation des SUV est leur garde au sol. Les ingénieurs ont depuis longtemps installé des spoilers sous la calandre des berlines pour réduire le flux d’air sous le châssis, chose impossible avec un SUV. Mais cet avantage de la berline n’est réel que sur autoroute… et peut devenir gênant en usage urbain ou campagnard.

Si le SUV peut consommer un peu plus que le véhicule dont il partage la plateforme mécanique, ça n’est plus vrai par rapport au véhicule dont il est concurrent. Et puis essayer d’installer un siège bébé dans un SUV ou dans la berline équivalente, vous comprendrez ! Les SUV sont aussi très prisés par les gens qui doivent rentrer et sortir souvent de leur voiture.


Loin d’être une lubie exotique, l’adoption des SUV correspond à un besoin de confort et à une montée en gamme qui se fait naturellement avec le vieillissement de la population, son enrichissement et l’évolution de ses besoins et qui se faisait déjà avant l’arrivée des SUV sur le marché. Autrement dit, surtaxez les SUV et on assistera à l’abandon de ces véhicules familiaux, pour une montée en gamme spectaculaire sur des berlines bien plus joueuses !

Mais le WWF se garde bien de prendre en compte la réalité du marché. Dans son étude1 il compare sans rire une Opel Corsa, une Mercedes Classe A et… une BMW X5 ! Supposées représenter « l’exemple supérieur » de leurs catégories… On assimile les gros 4x4 aux SUV, alors qu’on sépare les autres véhicules en Citadines et berlines… Et j’en passe ! Ce document est un attrape-gogo, une insulte à toute forme d’objectivité ou d’honnêteté. L’article de Jacques Chevalier dans Le Point est de ce point de vue édifiant2...

Le dernier argument du WWF concerne la sécurité. Les SUV seraient plus accidentogènes que les berlines ! Surprenant quand on sait que le centre de gravité plus haut des SUV n’autorise pas une conduite aussi « sportive » qu’avec une berline. Le WWF s’appuie sur une étude américaine qui montre une mortalité supérieure des piétons qui se font renverser par un SUV… américain ! C’est probablement vrai pour les monstres à calandre verticale et surdimensionnée qui circulent outre-Atlantique… mais le transposer à nos VW T-cross, Ford Puma, Renaut Captur ou Peugeot 2008 est absurde… C’est d’autant plus de mauvaise foi que la même étude met cette surmortalité sur le compte du comportement des conducteurs… pas celui de la voiture !

Bien sûr les gros SUV polluent ! Les (encore plus) grosses berlines aussi ! Et c’est encore mieux de rouler à vélo quand on peut… défendons l’écologie et une consommation raisonnable, mais sans s’affranchir d’une analyse objective pour faire le buzz et retrouver une visibilité dans la presse !

Et si vous avez été assez stupide pour dégonfler les pneus de votre voisin qui s’est acheté le SUV dont vous avez envie, en prenant comme alibi une pseudo-écologie et les mensonges du WWF… allez vous excuser.


La voiture électrique.

A l’appui de sa démonstration, dans l’étude citée précédemment le WWF compare sans vergogne le bilan carbone d’un SUV (on ne sait pas lequel !) et celui d’une voiture électrique… ce qui est bien évidemment absurde, mais surtout encore une fois d’une mauvaise foi ahurissante !

- D’abord le bilan carbone d’une voiture électrique n’est vraiment intéressant que si l’électricité qu’elle utilise a été produite par une énergie décarbonée… ce qui est loin d’être le cas partout.

- Ensuite le bilan carbone d’un objet, n’est pas son bilan écologique. En France, où les énergies nouvelles ont bien du mal prospérer, le besoin supplémentaire d’électricité nécessaire à l’augmentation du parc de voitures électriques ne peut être absorbé que par le nucléaire… relativement décarbonée certes, mais pas vraiment écologique ! Il n’y a que Ségolène pour prétendre qu’on va tous rouler en voiture électrique et fermer des centrales nucléaires… Mais la vision de Ségolène…

Et puis on l’oublie souvent mais la conversion vapeur, la turbine, le générateur, les différents transformateurs et les lignes de transports ont tous un rendement inférieur à un. La batterie elle-même ne restituera qu’une partie de l’énergie qu’on lui fournit (<80 % neuve) et le moteur électrique ont un rendement … le tout cumulé, il faudra près de trois kW d’énergie nucléaire pour un kW d’énergie mécanique aux roues d’une voiture électrique…

- Et enfin, la production des batteries, par ses exigences en matériaux rares extraits le plus souvent dans des conditions inacceptables, est en elle-même une catastrophe écologique. Sans compter que pour avoir un minimum d’autonomie, il faut beaucoup de batteries et donc un surpoids considérable (entre 30 et 50%) donc une consommation d’énergie bien plus importante (celle due au surpoids que le WWF reproche – à tort – aux SUV, elle est bien réelle là, mais le WWF ne la considère plus…)

Alors, il n’est pas impossible que des modèles électriques de petite puissance soient un jour la solution à une circulation urbaine, demandant une faible autonomie et permettant ainsi de déconcentrer la pollution. Mais ne rêvons pas, la voiture électrique n’est pas la solution écologique à nos besoins de déplacement, son succès actuel est surtout dû à la nécessité des constructeurs de se conformer à la législation européenne, qui leur impose d’avoir des modèles non polluants dans leur gamme… Accessoirement, ça leur permet aussi d’afficher des modèles avec une puissance instantanée ébouriffante. Vous avez dit écologie ?


La voiture hybride (non rechargeable) et bien pensée en termes de transmission) peut être un mieux technologique. Avec peu de batteries, la possibilité de récupérer l’énergie à la décélération et de soulager le moteur thermique dans l’effort, elle permet l’utilisation de moteurs à haut rendement (cycle Atkinson) et permet une réelle économie de carburant… mais pas de miracle.


La fermeture des voies sur berges à Paris

Qui pouvait ne pas être séduit par la belle image donnée par une foule dilettante flânant sur les voies sur berges après leur fermeture. Derrière cette mesure écolo dont se gambergent Anne Hidalgo et ses acolytes écolos il y a une réalité bien différente !

Ceux qui ont consulté les chiffres d’AirParif quelque temps après l’entrée en vigueur de la mesure, ont probablement été surpris. Si la fermeture des voies sur berge entraînait bien une baisse de 25 % de la pollution sur l’axe concerné (un petit trait sur une carte de la capitale), les embouteillages qu’elle occasionnait entraînaient une augmentation de 5 à 15 % de la pollution sur le reste de la capitale et sur les zones d’approche (zones très populeuses aux abords des principaux axes autoroutiers desservant la capitale).

Mais AirParif est un organisme financé par l’Hôtel de Ville de Paris, et à l’approche des élections municipales l’organisme n’a pas modifié ses chiffres mais en a fait une présentation différente3… moins défavorable à la maire sortante ! Les mesures prises sur les voies sur berges étaient supposées représenter une zone étendue autour de l’axe, et a contrario, les mesures faites ailleurs dans Paris étaient supposées ne concerner que l’angle du carrefour où elles avaient été prises. Entre deux carrefours… Une zone blanche où « on ne sait pas » (il est bien connu que la pollution s’arrête à un mètre d’une borne de mesure !).

Bien sûr, l’opposition représentée par la Région Ile-de-France et sa présidente Valérie Pecresse, a commandé une contre-étude4 confiée au professeur Pierre Carli, directeur SAMU et président du Conseil National de l’Urgence Hospitalière qui a évidemment confirmé la forte sur-pollution sur une zone très étendue, liée à la fermeture des voies sur berges.


Cela ne pourrait être qu’une arnaque politique écolo si les conséquences n’étaient pas catastrophiques pour la population. Une étude intéressante de l’ORS5 montre qu’une baisse de la moitié de la pollution de l’air fait baisser des deux tiers la mortalité (autrement dit, à ce niveau moyen de pollution si on double la pollution on multiplie par 3 le nombre de décès pour cause respiratoire - hors covid !) ou encore qu’une hausse de 10 % entraîne une surmortalité de 20 %.

Si on en croit les chiffres de l’ARS, qui estime le nombre de mort du fait de la pollution à Paris à 2500/an… ça fait 500 morts supplémentaires, non compris les zones d’approche. Mais si on en croit les chiffres d’Anne Hidalgo qui – pour argumenter en faveur de sa décision ! - estimait le nombre de mort annuel à 6600, alors la fermeture des voies sur berges a causé plus de 1300 morts…

La fermeture des voies sur berges à Paris est la plus grande catastrophe écologique du siècle dans la capitale.

Et pourtant bien des gens la voient comme une avancée ! Méfions-nous de notre biais de confirmation, celui qui nous pousse à croire… ce qu’on a envie de croire. Méfions-nous des évidences. Apprenons à valider nos informations. Les chiffres existent souvent.


Si votre voisin se vante d’avoir dégonflé les pneus d’un SUV (et fait consommer inutilement l’énergie du regonflage), s’il a récemment acheté une voiture électrique et s’il a voté Hidalgo ou les verts aux dernières élections, il n’est pas plus écologiste que vous. C’est juste un gogo avec une étiquette verte.

 

1https://www.wwf.fr/sites/default/files/doc-2020-10/20201005_Etude_L-impact-ecrasant-des-SUV-sur-le-climat_WWF-France.pdf

2https://www.lepoint.fr/automobile/l-automobile-au-tribunal-de-l-inquisition-ecologiste-13-10-2020-2396087_646.php?M_BT=4436584765#

Voire aussi l'étude de Reporterre sur la voiture électrique https://reporterre.net/Non-la-voiture-electrique-n-est-pas-ecologique

3 https://www.airparif.asso.fr/_pdf/publications/Rapport_voiessurberges_rapportfinal_101117.pdf

4https://www.challenges.fr/automobile/actu-auto/voies-sur-berges-la-pollution-a-augmente-de-moitié-depuis-la-fermeture_449101

5https://www.ors-idf.org/nos-travaux/publications/pollution-particulaire-et-mortalite-en-ile-de-france.html

 

 

 

 


vendredi 22 mai 2020

Tous experts !



Alors que la crise du coronavirus commençait à affoler le monde, un homme annonçait qu’il avait trouvé le remède avec un médicament courant et peu cher. Il avançait à l’appui de ses dires une étude fait au sein de l’IHU de Marseille où il travaille.
Le problème est que cette étude était faite sur un échantillon trop petit et surtout sélectionné de malades. Elle montrait des résultats positifs sur une catégorie de malade où le taux de rémission est naturellement très bon, et le nombre très faibles de cobayes ne permettait pas d’affirmer que ce bon résultat n’aurait pas pu être obtenu avec un placebo…

Le Professeur Raoult, puisqu’il s’agit de lui, est un homme peu connu du grand public, mais qui jouit d’une certaine notoriété dans le milieu. Aussi malgré la faiblesse de l’étude, le milieu médical est resté réservé, soulignant l’espoir que cela donnait mais le plus souvent sans crier victoire.


Par contre dans les médias le débats s’est aussitôt enflammé, les pro-Raoult dénonçant pêle-mêle une chasse aux sorcière, un complot du gouvernement et des laboratoires (c’est dire le manque de confiance en ceux-ci !), l’incompétence et la rigidité du service public, etc.
Leurs opposant soulignant la faiblesse de cet argumentaire et l’ego envahissant d’un professeur visiblement très désireux de passer dans les médias.
Il a tout de fois été difficile de faire passer la voix de la rationalité qui disait de laisser aux médecins le droit de prescriptions dans les limites de non-dangerosité du produit et de valider au plus vite l’étude, avant de modifier la politique de lutte en conséquence.
Nous avons tous voulu y croire, et - avouons le - l’hypothèse du héro atypique ayant raison seul contre tous est bien plus séduisante que celle des dérapages d’un savant en quête d’un coup d‘éclat en fin de carrière....

Le ton est encore monté quand le professeur Raoult a pris position contre le confinement, préconisant l’auto immunisation de la population de ce qu’il définissait comme « pas pire qu’une simple grippe ».

* * *

L’intérêt de ce genre de débat c’est que la réalité du terrain vient assez rapidement les conclure.

Il y a eu cette étude publiée dans « Sciences et avenir »1 qui montrait que l’hydroxychloroquine ne pouvait pas être efficace dans le cas du Covid-19, ou alors très faiblement et à des doses où il peut s’avérer dangereux. Et puis une flopée d’études françaises2 et étrangères3 qui sont venues confirmer que ce médicament était inefficace contre ce coronavirus.

Pire ! Comme si ces multiples études avaient besoin de confirmation, aux USA, pays ou la demande d’ hydroxychloroquine a bondit de près de 1400 %4 après les prescriptions du « docteur » Donald Trump, l’épidémie se propage plus vite qu’ailleurs…

Et pour couronner le tout, l’efficacité du confinement, dénigré par le professeur Raoult, et largement plébiscité par le monde médical international (et encore plus dans les pays qui n’avaient pas les équipement en masques et en tests en début de crise !) se confirme elle aussi. L’Angleterre y vient, les États-Unis et le Brésil en sombrent, et la Suède a le plus grand nombres de décès par habitant des pays à faible contamination…

Je ne fais pas le procès du professeur Raoult. Les faits parlent d’eux-même et je laisse aux psychologues le soin de comprendre pourquoi un type en fin de carrière (il a 68 ans) a pris le risque de s’exposer de la sorte. Certes il était tentant de devenir le sauveur du monde mais dommage de couvrir d’une image de charlatan une carrière qui ne méritait certainement pas ça. Ses récentes déclaration où il nie le réchauffement climatique feront aussi partie du dossier...

Je laisse au médecins le soin d’évaluer le coût éventuel de ce coup médiatique, en moyens monopolisés autour d’un remède inefficace, ou en difficultés de soins et de crédibilité pour les médecins traitants. D’autres spécialistes évalueront les conséquences des postures de leaders populistes comme Trump ou Bolsonaro qui s’appuient sur l’hypothèse de l’efficacité de ce remède et les déclarations d’un professeur, maintenant bien seul, pour refuser le confinement afin de préserver la production et l’activité économique de leur pays.


Et le débat a pu être utile ! La communication exécrable du gouvernement, le mensonge stupide sur l’utilité des masques, et les différents scandales qui touchent les laboratoires pharmaceutiques dont plus personne ne pense qu’ils soient préoccupés par notre santé, imposaient de remettre en cause les positions de chacun. L’erreur d’un professeur ne doit pas cacher les carences graves de notre société.

Mais il nous faut constater que la très grande majorité des prises de position dans ce débat, sont le résultat de réactions affectives par rapport aux personnalités en cause (le plus souvent Emmanuel Macron ou Didier Raoult). La plupart des spécialistes improvisés sur la question sont très affirmatifs, peu documentés, virulents et se soucient peu d’étayer leurs conclusions.

Le temps va passer, le virus va s’étioler… tôt ou tard. On oubliera le professeur…
Encore une fois la foule bien-pensante s’est engouffrée en aveugle dans un combat affectif, clanique et stérile, mais qui donne bonne conscience à ceux qui s’y engagent, certains d’être du bon côté, et indifférents aux données tangibles du problème initial. 
Les mêmes qui jadis fustigeaient le gouvernement pour son manque de réaction devant la canicule, puis ont fustigé un autre gouvernement pour l’achat irraisonné de masques et autres matériel de protection, puis ont fustigé le gouvernement actuel pour le manque de masques et de matériel de protection, et à nouveau pour ne pas suivre les prescriptions du professeur marseillais, fustigeront une autre décision d’un autre gouvernement, se passionneront pour une autre cause...
Et encore une fois le gouvernement en place devra avant tout se préoccuper de faire face aux inquiétudes générées par ces réactions irrationnelles et disproportionnées, et y dépenser une énergie considérable qui devrait être consacrée à la mise en œuvre de solutions.


Le professeurs Raoult nous affirme aujourd’hui que la crise est derrière nous… Là encore j’ai envie de le croire. Espérons qu’enfin il aura raison sur un point.
















mardi 29 octobre 2019

Quand le voile obscurcit la pensée



La polémique sur le voile empoisonne le débat public depuis des années maintenant. D’un côté on prône la tolérance, on argue d’une tenue traditionnelle voulue et innocente. D’un autre on brandit un symbole de de l’oppression, de l’obscurantisme et du terrorisme. Des deux côtés on invoque la laïcité.
Des deux côtés on a raison de défendre son point de vue, mais des deux côtés on a tort de ne pas prendre en compte les arguments de l’autre.

Le Dilemme

J’ai passé mon adolescence à Roubaix, première ville de France pour l’immigration d’origine maghrébine à l’époque.  Dans les années 70, il était fréquent de croiser femmes et hommes en djellabas et les femmes avec un foulard. Et personne n’y trouvait vraiment à redire. C’était vu comme une sorte de tenue exotique. Et la plupart des gens ignoraient tout des islamistes radicaux et de leur interprétation du Coran. Et après tout, quand nous visitions le Maghreb, nous le faisions avec nos tenues à nous….   
Cette façon de porter le voile n’avait rien de dérangeant ni de provoquant, et c’est encore probablement comme cela pour la plus grande partie de celles qui le portent aujourd’hui. Et il est dans ce cas, certainement injuste de voire dans ces femmes des représentantes ou des partisanes des talibans.

Reste que ces talibans, et avec eux tous les ayatollahs et autres islamistes radicaux, ont fait du voile un symbole de leur mainmise sur la population et une manifestation visible de l’oppression qu’ils étaient en mesure d’exercer. Son port est devenu une exigence, et son non-respect un affront public à leur autorité. Ils se sont montrés prêts à toutes les cruautés pour imposer le port du voile.
Chez nous, au lendemain des évènements tragiques du 11 septembre 2001, des adolescentes qui étaient toujours venues en jeans (ou autres tenues « occidentales ») à l’école, sont venues avec des hidjabs, dans un geste de provocation et de solidarité avec les terroristes. Certes, à l’échelle nationale, elles étaient très minoritaires… Mais le symbole était fort.
Et bien sûr, il est avéré que le port du voile soit parfois contraint par des maris ou des frères, des pères possessifs et endoctrinés dans des idéologies malsaines comme en témoigne la récente tribune[1] signées par une centaine de musulmans. Il est de ce fait un symbole de l’oppression de la femme.
Que ce soient les islamistes radicaux, leurs sympathisant(e)s peu éclairées ou les maris machos. Tous ont largement fait du voile le symbole de l’obscurantisme, de l’oppression, de la cruauté et des idéologies pernicieuses…

La question n’est pas de savoir quelle est la vérité entre ces deux réalités. Les deux existent et sont bien des réalités. Le voile est à la fois une tenue anodine liée à une croyance personnelle, et le symbole d’un totalitarisme et de toute l’horreur que l’humanité sait produire.

Si cette diabolisation du voile venait de l’extérieur, de ces fachos, racistes et autres théoriciens du grand remplacement, on pourrait leur opposer le pacifisme de la population musulmane. Mais cette image négative du voile a été fabriquée à l’intérieur de la communauté musulmane, (les autres se contentant de mettre de l’huile sur le feu allumé par les islamistes radicaux, des deux côtés on s’ingénie à attiser la haine). Et il devient difficile de défendre l’Islam et le voile de façon indifférenciée.

Le monde est ainsi fait, il est toujours plus facile de noircir que de d’embellir.

Le Symbole

Peut-on porter le voile sans provocation dans le monde, et dans le monde occidental en particulier ?

L’histoire est plutôt sévère avec les symboles. Et il me vient parfois à l’esprit ce parallèle qui peut choquer certains mais qui donne à réfléchir sur la portée de ces symboles. 

Pendant des millénaires, de nombreuses civilisations à travers le monde ont utilisé un même symbole pour définir une sorte d’universalité ou la bonne fortune. La svastika, utilisée par les hindous, les bouddhistes, les chinois, ou même les navajos ou les celtes est un des symboles les plus répandus au monde, pratiquement toujours avec un sens positif.
Si, dans les années 1920, mon grand-père s’était présenté dans une soirée mondaine avec une chemise arborant clairement la croix gammée, il aurait été vu comme un gentil original amateur d’exotisme et d’ésotérisme.
Et puis il y a eu les nazis, une bande de psychopathes qui ont fait ce cette croix le symbole de l’horreur des massacres, et des idéologies nauséabondes. Et le poids du symbole a changé dans nos contrées.
Si je voulais porter aujourd’hui cette même chemise, arborant la croix gammée, sur un plateau de télévision, dans la rue ou dans une soirée – même en expliquant que je la porte gentiment comme un symbole bouddhiste – je me ferais jeter…
Les nazis ont toujours été très minoritaires dans la population européenne et encore plus dans la population mondiale, et ils n’ont sévis qu’une douzaine d’année… mais le mal est fait

Le voile était, bien avant, l’Islam une tradition dans les peuples de certaines régions… Après tout ne représente-t-on pas la vierge des chrétiens, juive de naissance, avec un voile ?
Seulement voilà, là aussi, une bande de psychopathes ont fait ce voile le symbole de l’horreur des massacres, de l’obscurantisme, de l’oppression et des idéologies nauséabondes. Les femmes Iraniennes qui prennent des risques inouïs en enlevant leur voile en public ne peuvent que confirmer cette symbolique odieuse.

Peut-on impunément aujourd’hui arborer en public ce voile au nom duquel on tue ? même en expliquant qu’on le porte d’une façon pacifiste ?

Pour le moins, la question se pose…

J’aimerais bien retourner au temps où chacun s’habillait comme il voulait, les années 60… le temps où se côtoyaient, mini-jupes, pattes d’éph., smoking, jeans, kimonos et djellabahs… mais peut-on faire oublier à la population européenne de quoi le voile islamique est le symbole ?

La Laïcité

Les deux bords invoquent la laïcité. D’un côté on précise que la laïcité c’est le droit d’avoir les croyances qu’on veut et de pratiquer sa religion tant qu’elle ne contrevient pas à l’ordre public. De l’autre on rappelle que la laïcité implique qu’aucune religion, aucune croyance ne peut être invoquée pour modifier l’ordre social et qu’elles sont toutes soumises aux règles de la communauté et de la République.
Là encore ils ont tous les deux raisons. Mais là encore les deux points de vue ne sont pas symétriques. La liberté de culte invoquée par les uns, ne peut exister que si – comme le disent les autres - aucune religion ne peut imposer ses règles propres à la communauté, c’est-à-dire si la loi républicaine prévaut systématiquement sur les règles religieuses ou les croyances personnelles. Ce qui exclut l’idée de pouvoir opposer une quelconque règle religieuse à la communauté républicaine. Porter le voile au nom de la laïcité, pourquoi pas, mais le porter de façon contrainte ou prosélyte… n’est plus laïc.

Un message ambigu

Une difficulté supplémentaire vient de l’ambigüité de la communication de la vaste communauté musulmane. Entre les bonnes paroles de représentants officiels qui prêchent un islam adapté et les terroristes radicaux, il y a ceux qui interdisent en France, l’accès à des cafés aux femmes ; il y a des discours de soutien à peine voilé au terrorisme, y compris dans les écoles ; il y a des Tariq Ramadan ; il y a ces 49% de Musulmans de moins de 25 ans qui « souhaitent que la laïcité s’adapte à l’Islam » ![2]… Il y a l’idée inacceptable que certains pourraient imposer leur loi au nom de leurs croyances personnelles : ce qui est de l’obscurantisme.  Et c’est bien cette crainte de l’obscurantisme qui fait aujourd’hui rejeter ce collègue qui fait ses prières 5 fois par jours, ou cette voisine en niqab qui ne sont certainement pas des terroristes…
Plus inquiétant encore pour les spectateurs extérieurs à la communauté musulmane. Si les extrémistes sont heureusement très minoritaires, les récents événements ont montré qu’il était parfois difficile de les distinguer de la masse des pratiquants ordinaires… même pour les forces de l’ordres et les services de renseignements !

Les musulmans pacifistes souffrent de cette ambiguïté quand les prosélytes et les radicaux en profitent. Des membres de la communauté musulmane britannique ont rapidement compris le danger qu’elle représente et ont lancé il y a 5 ans un mouvement appelé « Not in my name ». Courageuse initiative qui devait combattre l’amalgame issu de cette ambiguïté. Une levée de bouclier de la communauté musulmane contre l'extrémisme islamiste aurait rendu difficile à la fois la parole de ces extrémistes, qui prétendent parler au nom de l’Islam, et celle de ceux qui cherchent à stigmatiser cette communauté musulmane dans son ensemble. Mais les extrémistes ont réussi à les faire taire sous le prétexte fallacieux « qu’on n’a pas à se justifier d’être musulman ».
Certes on n’a pas à justifier une croyance, mais se taire quand les autres parlent… c’est leur laisser la représentativité… et ceux qui occupent les médias actuellement profitent de cet amalgame pour entretenir les peurs et dresser les communautés les unes contre les autres

Quelle place pour l’Islam ?

Plus généralement la république française, qui s’est débarrassé de l’autorité du catholicisme - qui a pourtant accompagné sa construction - peut-elle accueillir l’Islam ?
Mahomet, était prophète et chef temporel. L’Islam a vocation à être loi et foi…. Ce qui est incompatible avec la laïcité et avec la République.
Existe-t-il alors une version aménagée ou « modérée » de cette religion qui puisse être intégrée à notre société ?
Pour cela il faudrait accepter de relativiser le contenu du Coran et accepter de ne plus considérer les versets qui préconisent le massacre des mécréants (tous les non-musulmans) comme le 89ème verset de la sourate 4 – An-Nisa, ou tous les versets qui définissent le statut de l’esclave… Après tous les islamistes radicaux ne font rien d’autre de leur côté quand ils contreviennent allégrement au 82ème verset de cette même sourate qui intime de ne jamais tuer un musulman, alors que la grande majorité de leurs victimes sont des musulmans.
Si on en vient à ne prendre du Coran que les versets qui s’intègrent naturellement à notre République ou ceux qu’on interpréterait dans un sens qui convient à cette même République (comme on le fait déjà pour la Bible…), quel est le sens d’une référence au Coran ?

Notre République laïque à t’elle le choix de laisser aux religions une autre place que celle de croyances personnelles, inaptes à gérer la société et indésirables dans cette fonction ?
L’islam de France est-il prêt à se contenter de cette place ?

L’histoire nous parle

Il y aura toujours dans notre pays, et particulièrement à notre époque où de nombreux repères deviennent flous, des hommes et des femmes que l’adhésion à un dogme rassure. Mais à l’heure où dans certains pays, des chrétiens remettent leur carte de baptême devant les errements de l’Eglise, je vois mal la France, le pays de la révolution, le pays de Mai 68, le pays qui s’est affranchi de l’emprise de l’église catholique en introduisant la laïcité comme un principe incontournable, se laisser imposer des croyances venues de l’extérieur et par ailleurs sérieusement entachées par leurs dérives.
L’islam ne peut être acceptée et intégrée que par un « Not in my name » clair et une subordination indiscutable aux lois de la République. Tenter de l’imposer, ou en faire une lutte, justifierait de la part du gouvernement les mesures spécifiques de protection que certains réclament aujourd’hui et que la démocratie répugne à employer.

Quant au voile, même le simple hijab, il lui faudra des décennies et un travail en profondeur pour se débarrasser de cette symbolique d’obscurantisme violent et d’oppression, d’autant que l’actualité nous abreuve d’exemples dans ce sens et qu’il reste dans les faits un outil d’asservissement des femmes. Et nier sa portée symbolique en considérant des nombreuses femmes qui ont porté ce vêtement sans contrainte ou sans provocation est inefficace.
D’un côté il serait dommageable d’interdire le port d’une tenue traditionnelle par elle-même bien innocente, mais d’un autre, il serait illusoire d’imaginer que le port d’un tel symbole n’entraine pas méfiance et déconsidération… C’est certainement dommage pour celle à qui la tenue convenait et qui n’en faisait pas un drapeau… mais dans l’état actuel des choses le voile représente ce dont la majorité de la population française ne veut pas, et dans ce sens, dessert la cause de l’Islam et constitue un obstacle à son intégration.




[1] https://www.europe1.fr/societe/port-du-voile-la-liberte-de-choix-nexiste-pas-je-me-fais-invectiver-sur-ma-tenue-non-conforme-3927684
[2] Enquête de Jérôme Fourquet, parue dans Le Point du 19 septembre 2019 : https://boutique.lepoint.fr/ce-que-pensent-les-musulmans-en-france-1408