Identifier un fasciste…
Fasciste est devenu l’injure classique que les politiques et surtout les militants excités se renvoient à tout propos sans en valider la pertinence . Il existe pourtant plusieurs moyens simples et à la portée de tout observateur d’identifier un fasciste…
1) la définition
Si la démocratie est « le gouvernement par le peuple », ou le plus souvent par ses représentants, cela implique des représentants élus à la majorité quel que soit le mode de scrutin, s’ils se veulent représentatifs. Dans une démocratie les décisions ne peuvent se prendre que par la majorité. Autrement dit, s’il n’existe aucun groupe qui détienne la majorité, seule une coalition peut décider, donc gouverner. Soit une coalition de gouvernement comme le font depuis longtemps les Allemands et d’autres, soit une coalition au coup par coup comme s’efforce de faire avec difficulté notre Premier ministre…
A contrario, le fascisme regroupe tous les pouvoirs dans un « faisceau » c’est-à-dire une minorité. En n’étant pas suivis et approuvés par une majorité de la population, il ne peut subsister que par un pouvoir autoritaire.
Exemple : quand, après les élections législatives de 2024, un groupe minoritaire réclame la gouvernance de la France pour appliquer « son programme, seulement son programme », avec donc, un refus exprimé de coalition, c’est non seulement un déni de démocratie, mais aussi une posture qui est la définition même du fascisme.
Et contrairement au discours qui est tenu à l’époque, dans un pays qui vote majoritairement à droite la seule option démocratique est de nommer un Premier ministre de droite seul susceptible de réunir une forme de coalition (il s’agit là d’appliquer les principes pas d’évaluer la pertinence te telle ou telle personnalité).
2) La méthode
Le procédé est assez répétitif :
- Déstabiliser le pouvoir en place en alimentant le chaos, en attisant les crises, en créant des polémiques inutiles et falsifiées, ce qui affaiblit les forces susceptibles d’être majoritaires. Et on s’affiche antisystème, et comme la seule solution.
- Accéder au pouvoir en tant qu’entité minoritaire ou allié à un partenaire plus faible, en prétendant restaurer l’ordre.
- Modifier la constitution pour se maintenir au pouvoir.
* En 1922, dans un pays déstabilisé et au pouvoir décrédibilisé, Victor Emmanuel III pense pouvoir nommer président du conseil un certain Benito Mussolini, chef du parti fasciste, parti d’extrême gauche pas encore majoritaire. Dans les années qui suivent celui-ci obtient la majorité grâce à une alliance contre nature avec la droite, puis modifie les lois pour se donner les pleins pouvoirs…
* En 1933 le président du Reich, Paul Von Hidenbourg fraîchement réélu dans un pays instable politiquement, nomme son opposant Adolf Hitler, chef du parti socialiste allemand, chancelier. Celui-ci n’avait pourtant obtenu que 33,09 % des voix aux législatives de novembre 1932, mais constituait la moins petite des minorités. Conformément à ce qu’il avait annoncé, Adolf Hitler effectue une véritable purge dans les années qui suivent, modifie la constitution et prend les pleins pouvoirs. Et impose le National-Socialisme de sinistre mémoire…
* En 2024, après
des élections législatives perdues malgré des alliances
spécieuses, un politicien d’extrême gauche, dont le parcours et
les prises de position ont de nombreuses analogies avec ceux de
Mussolini, exige le pouvoir pour appliquer « son programme,
rien que son programme » sous prétexte que (grâce à ses
alliances) il n’est à la tête que de la seconde minorité… Il a
clairement annoncé sa volonté de modifier la constitution une fois
au pouvoir…
Cette fois la démocratie résiste !
L’histoire semble bégayer, et nos dirigeants n’ont pas le droit de l’ignorer. Il y a cependant une variante à ce schéma itératif :
* En 2024, un ex-président américain, chassé du pouvoir quatre ans auparavant et sous le coup de plusieurs procès, fort d’un discours incendiaire et irréaliste se fait réélire. Une fois au pouvoir il annonce sa volonté de modifier la constitution pour rester président à vie, procède à une purge des services administratifs du pays. Il se montre incohérent, impuissant face aux dictateurs étrangers, se fait systématiquement manipuler et entraîne le monde dans une guerre sans issue.
On dira que l’Amérique est un pays sélectif, avec une élite exceptionnelle et un niveau de culture générale de la population faible. Mais nous aurions tort de nous moquer. Se faire élire par le bluff en obtenant une improbable majorité ? En France un parti s’y efforce depuis des années : l’ex Front National, parti fondé par des pro-nazi et des collabos, avec des liens avérés et historiques avec des mouvements fascistes, des condamnations pour malversation, un programme irréaliste et fluctuant au gré des modes (comme celui de Donald)… Le tout largement documenté pour qui se donne la peine de s’informer. Et un tiers de la population française est prêt à voter pour le Rassemblement National avec l’argument le plus irrationnel possible et pas loin d’être le plus dangereux : « Eux, on a jamais essayé » !
Le danger n’est jamais loin. Souvenons-nous que Mussolini, leader d’extrême gauche, est arrivé au pouvoir avec le soutien d’une certaine droite… Mélenchon a refusé d’appeler à voter contre l’extrême droite après son échec…
3) le parcours du leader
Le parcours de l’inventeur du fascisme est assez typique.
Benito Mussolini est un professeur devenu syndicaliste. Il est d’abord adhérent au parti socialiste se revendiquant homme du peuple, de gauche, anticlérical, et anticapitaliste. Il devient un activiste dans une revue d’extrême gauche. Il quitte le parti socialiste pour fonder son propre parti. Il se fait connaître pour ses harangues virulentes, par son autoritarisme et ses colères qui lui attirent parfois des oppositions au sein de son propre parti. Il n’hésite pas à prendre à partie personnellement ses opposants et des journalistes ou même des hommes de la rue qui le contredisent, allant parfois jusqu’à l’insulte. Il sera condamné pour ses propos excessifs. On lui reproche aussi des propos xénophobes, voire antisémites, une trop grande proximité avec certains autocrates (Hitler, Franco…), et d’être totalement intolérant à toute idée qui n’est pas la sienne. Sa politique consiste à attiser tous les conflits par des discours radicaux, à créer le chaos, pour déstabiliser encore plus la gouvernance en place, déjà fragilisée par les crises et la situation internationale… Son parti situé à l’extrême gauche échoue aux élections, alors il se rabiboche avec les autres forces de gauche dans une coalition peu crédible. Et le discours radical du leader et de son parti fait peur. Alors il échoue à nouveau.
On sait ce qu’il adviendra par la suite… Mais reprenez le paragraphe précédent en remplaçant Mussolini par Mélenchon et (Hitler, Franco…) par (Poutine, Maduro…) et tout colle ! L’histoire bégaye (On se souviendra que Mélenchon demandait le retrait des défenses antimissile de l’OTAN avant la guerre en Ukraine !).
4) le bluff et la violence
Le fascisme étant la gouvernance par une minorité, donc récusée par la majorité, il ne peut se maintenir que par l’autorité et la manipulation (dont la Russie est une démonstration terrible). Mais avant d’être au pouvoir et d’être en mesure d’exercer une autorité quelconque, il n’y a que la manipulation et le mensonge.
En 2024, alors qu’avec 26,68 % des suffrages le NFP obtient un score très minoritaire, largement derrière le Rassemblement National (37,17 %), le jeu électoral lui donne cependant le plus grand nombre de sièges. Il revendique le pouvoir en définissant sa position comme celle d’une « majorité relative », expression à usage purement électoral qui permet de définir par un terme contenant « majorité », ce qui est mathématiquement une minorité… Pour légitimer ses exigences fascistes ?
De même quand leur exigence de rompre avec la démocratie (faire gouverner une minorité récusée par les trois-quarts de la population) est logiquement refusée, ce sont eux qui crient au « déni de démocratie » en premier… C’est absurde mais ça s’ancre dans les esprits…
Rejeter le mal sur l’autre, désigner un coupable pour ne pas être reconnu est un grand classique des cours d’écoles qu’on retrouve en manipulation. Parmi les milices qui soutiennent le parti fasciste LFI, il y a… les Antifa… L’Histoire retiendra néanmoins que dans cette période particulière de notre pays, ce sont bien les brigades de la gauche qui sont passées au meurtre en premier…
Un dernier indice qui permet d’établir la nature fasciste d’un mouvement politique, le culte de la personnalité de son leader. Mussolini se faisait appeler le Duce, et s’est autoproclamé maréchal d’empire ! Hitler était le Führer, le guide ! Trump se considère sauvé par Dieu lui-même et fait une autopromotion permanente en se louant de résultats qu’il n’a pas obtenus. Mélenchon affirme que « la république c’est moi » ou « Ma personne est sacrée »…
Marine Lepen est de ce point de vue bien plus subtile… Elle dédiabolise...
Mais il est dangereux de se bercer d’illusion : Jean-Luc Mélenchon ne deviendra pas respectueux des gens, de la presse et de la démocratie, s’il est élu. Ceux qui se cachent derrière le sourire de Marine Lepen et la juvénilité qui paraît innocente de Jordan Bardella ne resteront pas dans l’ombre si on donne le pouvoir au Rassemblement National.
N’oublions jamais que tous ces dirigeants qui ont tant fait souffrir l’humanité (y compris leur électorat!) ont été portés au pouvoir par les électeurs aveugles…